Catégories
Nouvelle

In manus tuas domine

– Foutredieu ! Quelqu’un de vivant ?

– Ho là, Albéric, c’est toi ?

– Gauvin ! Compagnon, je ne t’avais point vu. Regarde, le galion, détruit.

– Avec cette mer démontée, la main de Dieu nous a conduit sur les récifs pour nous faire découvrir cette nouvelle terre. Qu’il en soit remercié. Es-tu suffisamment gaillard pour parcourir la plage à la recherche d’autres rescapés ?

– Fi donc, je te suis !

– Morbleu ! La plupart d’entre nous sont passés de vie à trépas. C’est peine à voir.

– Allons bon train tant que le soleil nous éclaire. Il me semble voir bouger par ici.

– C’est Rodolphe. Hé mon ami, nous entends-tu ? Répond !

– Laisse, je crois qu’il vient de rejoindre l’autre monde. Ne faiblissons pas, poursuivons nos recherches. Par ici ! Un moussaillon. Ho, gamin, comment te nommes-tu ?

– Colombin. Que s’est-il passé ?

– N’as-tu donc pas compris que nous avions fait naufrage ? Dormais-tu donc pour ne point entendre le bruit du bois fracassé et les cris de l’équipage ?

– Calme-toi Gauvin. Il ne sert à rien de t’en prendre à ce petit mousse. Joins-toi à nous Colombin, nous ne serons pas trop de trois pour sauver ce qui peut l’être encore.

-Tu as raison Albéric. Paix sur nous. Allons !

– Messieurs, messieurs, vite, trois hommes en vue.

– Bravo moussaillon, Albéric, hâtons-nous.

– Messieurs, je crois reconnaître un sous-officier.

– Dieu soit loué Gauvin, c’est Bertand le Maître d’équipage et avec lui, Odon et Ludovic !

– Ah, que je suis heureux de vous voir. Dans mes bras Albéric et Gauvin. Et toi moussaillon, tu es béni, tous les autres ont trépassés ou disparus. Ne mollissons pas. En tant que Maître d’équipage, je prends la direction des opérations. Avec Odon et Ludovic, nous avons regroupé quelques blessés au bout de la plage. Ils sont mal en point. L’un d’eux a perdu une jambe. Allons voir si nous pouvons retirer de l’épave de quoi nous abriter et nous emplir la panse. Nous avons besoin de reprendre des forces, nos blessés aussi. Albéric, toi qui es charpentier, tu feras équipe avec Odon le voilier. Ludovic et Gauvin, coq et cambusier, voilà qui est parfait pour récupérer les vivres. Quant à toi moussaillon, va auprès des blessés et soulage-les comme tu peux.

– Equipiers, voilà de la belle ouvrage. Nous voici fournis de fil et d’aiguille. Allons maintenant dire leur in manus à nos officiers tombés à l’envers.

– Amen !

– Le soleil a passé son zénith, il est temps de voir ce que nous réserve cette terre dont le sable blanc comme neige laisse présager mille richesses à découvrir.

– Monsieur Bertand, dois-je rester auprès des blessés ?

– Oui moussaillon, nous autres reviendrons avant la nuit. Marchons !

– Par Dieu, nous voilà déjà face à la mer ! Nous n’avons pourtant parcouru qu’une demi-lieue.

– Et nous n’avons croisé que broussailles et cailloux Bertand, renchérit Albéric.

– Le soleil est bas, rentrons au campement faire ripaille et dormir. Haut les cœurs équipiers, nous reprendrons notre exploration demain.

– Ah Messieurs, vous voici ! Les blessés sont étourdis du bateau. Je ne sais de quel bois faire flèche, ils râlent plus qu’il ne passe d’eau sous un pont.

– Equipiers, je vous le dis sans fard, il nous faut abréger leurs souffrances. Albéric et Odon, chargez-vous-en pendant que Ludovic et Gauvin nous préparent de quoi faire Gaudeamus.

– Le cambusier et moi avons trouvé de la viande séchée et un fut de vin qui a résisté à l’échouement. Buvons et mangeons à la mémoire de nos frères.

– Ah ah, le moussaillon est déjà saoul comme une grive ! Equipiers, nous n’avons pas ménagé notre peine, alors buvons à plein pots !

– Equipiers, le jour commence à poindre. Reprenons notre exploration sans plaindre nos pas. Moussaillon, tu viens avec nous. Ludovic reste monter la garde.

– Mordieu ! Bertand, vois, à nouveau la mer ! Et le paysage est de même farine qu’hier.

– Je sais Odon. Mais regarde, cette large bande noire. Venez vous autres, approchez. Voyez ces lignes blanches en son centre. C’est rugueux et de mauvaise odeur. Je crois que nous tenons là une première découverte.

– Ludovic, nous avons arpenté les lieux en tous sens. Il faut nous rendre à l’évidence, nous sommes sur une petite île. Nous n’avons rien trouvé que tu ne saches déjà hormis une nouvelle matière noire et rugueuse. Nous avons cependant repéré une plage abritée du vent sur laquelle nous allons nous installer. Equipiers, au travail !

– Bertand, voilà des lunes que nous sommes installés ici. Les vivres s’amenuisent. Le moussaillon, Odon et Gauvin sont mal en point. Je crains pour leur vie.

– Je sais Albéric… Qu’est-ce que cette chose ??

– Quoi ?

– Là, une grosse carapace qui avance toute seule sur le sable ! Viens, allons voir.

– C’est étrange. Cette carapace a des membres, et là devant, on dirait une drôle de tête toute ridée.

– Serait-ce une nouvelle créature ? Non de bleu ! Là-bas, de la fumée.

– Palsambleu ! Tu as raison Bertand. Cette île serait-elle habitée ?

– Impossible, nous l’avons explorée de tous côtés. Allons voir à petits bruits. Suis-moi.

– Une cabane. Comment avons-nous pu passer à côté ?

– Parle plus bas. J’aperçois un homme, il fume quelque chose mais ce n’est pas une pipe. Il parle aux carapaces mais je ne comprends pas un traitre mot de ce qu’il dit.

– Bertand, sur quoi est-il assis ? Ce siège ne ressemble à rien que nous ne connaissions.

– Tout comme ses vêtements ! Ce sont des créatures du diable ! Rebroussons chemin. Nous donnerons l’assaut au petit jour.

– Hardi Messieurs ! L’homme est devant sa cabane. En avant !!

– Who the hell are you ? I’m gonna kill you all fucking bastards !

– Mais qu’est ce…Odon, non ! Lud. Arghh

– Bertand ! Petit mousse ? Gauvin ? Oh mon Dieu ! Je vais tuer ce misérable.

– Voilà des jours que je regarde la mer. Je n’ai plus rien à manger. J’ai mal partout. Tu divagues mon vieil Albéric. Tu parles tout seul ! Qu’importe, personne ne m’entend plus. Quand je repense à cette boucherie. J’ai tranché la tête de ce diable d’homme avant qu’il ne me tue à mon tour. Pourtant, je vais mourir moi aussi. Je le sais. Je le sens.

Catégories
Petit délire

Picrocholine, c’est quoi ?

Nom féminin.

Prononciation : Picrocolaïne.

Désigne un itinéraire emprunté pour le flottage du bois au Gabon. Rappelons ici que le flottage est un mode de transport par voie d’eau. La Picrocholine désigne le tronçon du fleuve Ogooué délimité par les villes de Lambaréné et Port Gentil. Lambaréné parce que située au confluent des rivières Okano et Ngounié qui se jettent dans l’Ogooué qui prend alors une ampleur et un débit plus que satisfaisant pour charrier des tonnes de grumes jusqu’à Port Gentil, capitale économique du Gabon (ville qui produit environ les trois-quarts de la richesse du Gabon à travers l’activité pétrolière mais aussi grâce à l’industrie du bois).

Petite anecdote, il n’existe pas de route entre Port Gentil et Libreville, capitale du pays.

La Picrocholine aurait pu s’appeler Lambaréné-Port Gentil comme on prend un Paris-Lyon ou un Clermont-Brive (entre nous, je vous le déconseille, ça prend des plombes. Autant faire le trajet à vélo). C’est sans compter sur l’imagination du peuple gabonais liée à la rationalité de l’envahisseur blanc. En l’occurrence, les Français, eux-mêmes influencés par les Anglais malgré la Pucelle ci venue de par Dieu le roi du Ciel, corps pour corps, pour les bouter hors de toute France !

Bref ! Coupez-moi la Picrocholine en 3 et vous obtenez :

PI : le fameux nombre aux décimales à rallonge. Celui qui vous a donné des sueurs froides en cours de cinquième et qui ne vous a jamais servi à rien. Je vous aide, traduction littéraire de PI : rapport entre la circonférence d’un cercle et de son diamètre. Vous n’y comprenez rien ? Moi non plus. Retenez les 3 mots magiques : circonférence, cercle, diamètre et sous vos yeux ébahis apparait la belle image d’une splendide grume de bois (on dit grume parce qu’il a encore son écorce).

CROC(H)O : si vous avez les neurones en bon état, vous avez déjà deviné. De croco à crocodile, il n’y a qu’un pas que je franchi allègrement en bondissant d’une rive de l’Ogooué à l’autre, telle la biche gracieuse poursuivie par le chasseur de gallinette cendrée. Quel rapport avec le bois me direz-vous ? Satané rationalité du blanc bec (de poêle) ! Fermez les yeux. Vous êtes sur l’Ogooué à bord d’une pirogue, un gros truc vert-marron, rugueux, flotte doucement en se rapprochant de votre coque de noix, la musique des dents de la mer monte en puissance jusqu’à vous faire hurler MAMAN.

Et ben non, c’est pas un gros codile, c’est une grume de bois. Ah Ah !

LINE : je vous fais l’insulte de traduire ?

Catégories
Nouvelle

Eclats de vie

Du bruit dans le couloir, les portes s’ouvrent et se ferment. Je me souviens ; je suis dans un service psychiatrique. Il est six heures trente. Pour une fois, je dormais. Ma médication constitue un véritable cocktail Molotov qui m’assomme. J’ai la bouche pâteuse. Je passe ma matinée à faire du coloriage dans ma chambre en vidant l’intégralité de la carafe d’eau mise à ma disposition. Je dois la remplir moi-même à la fontaine d’eau commune. Cela m’oblige à sortir de ma chambre, furtivement. Surtout, ne croiser personne.

12h06, on frappe à ma porte. L’aide-soignante la plus âgée ouvre et m’interpelle d’un ton péremptoire :

– Vous venez manger.

– Oui.

– Et pas dans une demi-heure ! 

Bien, cela ne me donne évidemment pas envie d’y aller. J’obtempère en laissant passer cinq minutes quand même. Je suis une rebelle.

Je m’habitue à manger en compagnie des autres patients tout en restant sur ma réserve. Je ne sais pas aller vers les gens, je suis mal à l’aise, je n’ai confiance en personne, à commencer par moi. Ils sont peu nombreux. Le service ne compte qu’une dizaine de lits. Au fil du temps, je fais connaissance avec eux. Il y a Sébastien, l’amoureux de la musique de Flashdance que j’entends tous les soirs, « What a feeling ». C’est lui qui me taxe des clopes et qui a englouti la moitié de ma boîte d’After Eight. Sébastien qui a perdu sa maman trop tôt dans un accident de moto. Son monde s’est écroulé, il a sombré dans l’alcoolisme. La petite cinquantaine édentée, il en parait dix de plus. Il est là depuis un an, un peu perdu, un peu parti, surement très malheureux. Et puis, il y a Alexandre, schizophrène affectif. Trois tentatives de suicide en quatre ans. Joli score. C’est pourtant un garçon plutôt volubile et chaleureux. Christophe est un jeune papa discret qui ne dort pas et qui n’en peut plus de prendre des médicaments. Il n’a qu’une envie, retrouver sa femme, son petit garçon de quatre ans, et vivre. Josiane ne mange pas, ou si peu. Pour elle, le même cauchemar se déroule toutes les nuits, inlassablement pour l’emmener jusqu’à l’épuisement. Il y a les deux mamies aussi. L’une d’entre elle parle sans cesse de ses douleurs et de celles des autres, elle les raconte fort, à tous. Sa vie n’est-elle donc faite que de souffrances physiques ? La grande femme à la canule dans les narines est partie.

Le service psychiatrique tourne, les uns s’en vont, les autres restent. Alexandre et Christophe s’en sont allés, aussitôt remplacés par de nouveaux arrivants. Je croise Marissou qui nous arrive à la suite d’une crise de tétanie. A près de quatre-vingts ans, voilà plus de six ans qu’elle s’occupe seule de son mari handicapé. Une goutte d’eau a fait déborder le vase pour la mener jusqu’ici. Elle ne restera que quelques jours. Une gentille grand-mère qui va reprendre le cours de sa vie épuisante. Je fais connaissance avec Stéphanie. Une vraie dingue ! C’est amusant de dire ça quand on est soi-même dans un tel service.

La vie continue, hors du temps, du moins c’est mon impression. Je ne sais plus quel jour on est. Est-ce que je sais seulement qui je suis ?

Sébastien, mon voisin de chambre, est rentré de sa journée atelier. J’attends Flashdance. Ah, ben non, ça ne doit pas aller très fort, on passe directement aux lamentations d’une chanteuse québécoise qui cherche un homme. Mais qu’elle le trouve et cesse de me martyriser les tympans !

Ce matin, Sébastien me demande si j’aime Lynda Lemay. Oh putain, c’est donc elle la coupable qui cherche son homme. Je lui partage mes préférences plutôt orientées trip-hop, dub, rock et inclassables. Tricky, Massive Attack, Chinese Man, tu connais pas ? Question idiote, va dans ta chambre ma fille.

Au mépris du règlement, une patiente y entre sans frapper, je suis aux toilettes.

« – Tu fais caca ? »

Je suis mortifiée. Elle sort et revient pour me demander de jouer avec elle. Elle s’ennuie. Pas moi, j’ai juste besoin de calme, qu’on me foute la paix. Dehors ! Allongée sur mon lit, je l’entends parler très fort au téléphone. Elle va me faire péter les plombs. Ma porte s’ouvre de nouveau. Une dame âgée pénètre dans ma chambre, me regarde et continue d’avancer jusqu’à ce que je lui dise qu’elle n’est pas au bon endroit. Le regard vide, elle part sans un mot. J’enfile mes pompes et sors au pas de course prendre l’air pour me calmer. Qu’est-ce que c’est que ce foutu bordel ?!

Les fêtes approchent. Assise dans le réfectoire avec deux aides-soignantes, je colorie et découpe des décorations de Noël. Un homme entre, je lève la tête. C’est Papa ! N’ayant trouvé personne à l’accueil, il a bravé l’interdit en pénétrant dans le service. Je laisse là mes crayons de couleur et ma paire de ciseaux pour descendre avec lui dans le hall d’entrée où les patients reçoivent leurs visiteurs.

– Comment ça va ma grande ?

– Je crois que ça va mieux.

– Tu sais, j’ai beaucoup réfléchi. Je pense que si tu es là aujourd’hui, ce n’est ni à cause du boulot, ni à cause de la famille. Alors, je ne comprends pas et ça me rend malheureux. Dis-moi ce qui t’arrive ?

– Tu sais Papa, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

– J’ai besoin de savoir.

– Non, vraiment, ça ne rendrait service à personne.

– Cécile, s’il te plait, dis-moi.

La tête de mon père à ce moment précis me fend le cœur.

– J’ai été violée quand j’avais seize ans.

– Excuse-moi, je n’ai pas entendu.

Putain Papa, m’oblige pas à répéter plus fort merde !

– On m’a violée quand j’avais seize ans. 

Les larmes de mon père. Je m’en veux tellement de lui faire du mal. Je croule sous la honte et la culpabilité.

– Tu n’as jamais rien dit ?

– Non.

– A ta Maman ?

– Non.

Paquet de mouchoirs. J’en tends un à mon père, un deuxième pour moi.

– Je sais pas quoi te dire.

– Y a rien à dire.

– Je sais que c’est dur mais tu es une battante. Tu as construit une belle vie, une belle famille, une belle carrière professionnelle. Tu as un mari formidable. Tu vas t’en sortir. Ne vis pas dans le passé.

– Oui Papa. 

Je le regarde partir, les épaules voûtées. Voilà, j’ai blessé mon père. Quelle conne !

Catégories
Nouvelle

L’étendard dérisoire élevé

Assise à une table du réfectoire de la clinique, je supporte le brouhaha des patients qui couvre le bruit des cuillères plongeant dans les bols de soupe chaudes. L’arrivée inopinée du directeur interrompt les conversations en plein vol. Ses apparitions sont d’autant plus rares qu’elles sont souvent source de réprimandes. L’œil noir des mauvais jours, il annonce froidement de nouvelles règles à effet immédiat.

« La progression du Covid nous amène à mettre en place des mesures à respecter stricto sensu. Les ateliers thérapeutiques sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Les sorties, visites et permissions sont interdites. Il n’y aura plus un mais deux horaires de repas afin que chacun d’entre vous puisse manger seul à une table. Je vous demande de rester dans vos chambres au maximum, lorsque vous en sortez, vous porterez un masque que nous allons vous fournir dès ce soir. »

Un ange passe. Un ange ? Non, c’est un voile noir qui s’abat sur nos têtes. Voilà quelques jours que nous sommes tous pendus aux informations qui apportent leurs lots de nouvelles qui sentent le souffre. L’intervention du Président de la République est prévue pour demain. Nous savons maintenant quelle en sera la teneur. Confinement.

Quelques voix s’élèvent timidement pour demander des précisions. Voir nos enfants ? Interdit ! Un moyen d’autoriser les permissions ? Verboten ! Faire nos courses dans le villages ? Forbidden !

Rien, rien, rien. Enfermés en vase clos. Nous restent internet et la télévision pour nous relier au monde extérieur. Nous terminons notre repas en silence avant de regagner nos chambres, assommés.

Le cerveau en ébullition, je sens la colère gagner du terrain. Je consulte la toile pour en tirer la substantifique moelle. Mes doigts courent sur le clavier, je vole d’article en article, je plonge dans une source avant d’aller nager dans une autre. Complètement obsédée par le sujet et ses dommages collatéraux, je deviens incollable.

Le lendemain, même heure, même endroit, le chef d’établissement pointe sa mauvaise mine. Se référant à un courrier du Maire de la commune, il enfonce le clou : les activités physiques individuelles sont proscrites. J’explose. Ce courrier, feuille volante sans enveloppe, c’est moi qui l’ai trouvé ce matin, coincé dans la porte d’entrée de la clinique. Je l’ai lu, évidemment. Nulle part je n’y ai vu le mot « interdit » dont on nous rebat les oreilles depuis la veille, j’ai lu « limiter ». Entre les deux mots, un gouffre dans lequel nous plonge notre ignoble directeur. Aussi sure de moi que deux et deux font quatre, je lui signifie la différence et ajoute que le cas de la pratique du sport en individuel fait partie des possibilités dérogatoires. Il n’en démord pas. Moi non plus. La pratique du sport est pour moi une bouée de sauvetage. Je cours ou randonne tous les jours depuis mon internement. Je remue ciel et terre pour faire entendre raison à l’équipe médicale.  « C’est la lutte finale, groupons-nous et demain… ». De groupe il n’y a point, je suis seule avec mon étendard.

Et pourtant ! Je ne cache pas ma joie quand le chef bienaimé nous annonce qu’il sera possible de sortir courir à condition de signer une décharge. J’ai eu gain de cause et je suis fière d’avoir mené mon combat toute seule comme une grande. A quoi on se raccroche parfois !

La fleur au fusil, je me présente au secrétariat afin d’obtenir mon fameux sésame pour ma liberté conditionnelle. La secrétaire n’est pas au courant. Ça commence bien. Elle part chercher le directeur qui arrive le visage fermé.

« – Bonjour Monsieur.

– Bonjour.

– Je viens remplir le papier dérogatoire pour aller courir.

– On n’a pas d’imprimé.

– Je peux faire ça sur papier libre.

– Oui. Valérie, donnez-lui une feuille blanche et un stylo.

– Merci.

– Bon, vous écrivez : Je, soussigné… Et puis non ! Pas de dérogation, vous ne sortez pas.

– Quoi ?

– Nous sommes en plein confinement. S’il vous arrive quoi que ce soit ? Je refuse de vous laisser sortir.

– Mais je ne risque rien, j’ai un téléphone.

– Un téléphone ! Un téléphone ! Mais vous êtes complètement inconsciente ma pauvre. Il n’y a personne dans les rues pour vous porter secours.

T’as qu’à me traiter de folle, on est au bon endroit connard.

– Mais, je vais courir tous les jours, il ne m’est jamais rien arrivé.

– Vous êtes une irresponsable. Si vous voulez courir, vous quittez cette clinique ! »

La bombe m’explose en pleine poire. J’éclate en sanglots. Partir de la clinique après tous les efforts que j’ai faits ? Tout recommencer ? Mais il est encore plus dingue que moi ce mec. Comment un type qui porte la responsabilité d’un établissement psychiatrique peut-il perdre son sang-froid comme ça ? Je tourne les talons pour partir me réfugier dans ma chambre. Dans les escaliers, je croise Virginie, l’art-thérapeute.

« – Qu’est-ce qu’il vous arrive madame Lacroix ?

– Rien, il veut pas que je sorte courir. »

Virginie revient pour me trouver assise sur mon lit, complètement prostrée.

« – Madame Lacroix, séchez vos larmes et mettez-vous en tenue. Le directeur va vous accompagner.

– C’est une blague ?

– Non, dépêchez-vous, il vous attend. »

Il est vraiment incroyable ce type. Peut-être devrait-il suivre une thérapie ? Toujours est-il qu’il me suit au volant de sa petite voiture électrique, à bonne distance pour ne pas m’importuner. Je ne fais que quelques kilomètres, sans doute trop éprouvée par ces derniers jours à me battre pour le droit de courir. Dérisoire !

Ce soir, mes compagnons de misère s’empressent autour de moi. Je suis la coqueluche de toute la clinique.

Catégories
Nouvelle

Critique acerbe

Je vous résume le texte en quelques mots. Nous voici donc face à un récit d’une brièveté déconcertante qui nous raconte en quelques lignes superficielles la petite vie d’un jeune couple qui, à défaut d’être trépidante, est d’un ennui  à faire décrocher le plus courageux des lecteurs invétérés. Imaginez un couple de trentenaires, victime d’un nombre de cambriolages que ne renierait pas Maurice Leblanc. Il va sans dire qu’ici, nous ne jouons pas dans la même cour. Donc, nos jeunes gens que l’on imagine passablement secoués (ce qui ne transparaît nulle part dans l’introduction), déménagent. Sans doute ont-ils les moyens puisqu’ils choisissent un quartier plus « calme ». Huppé ? Résidentiel ? A moins de connaître Nottingham comme sa poche, à nous de choisir, l’auteure n’a pas jugé bon de nous guider davantage. Du moins précise-t-elle que le taux de délinquance y est plus bas. N’y avait-il pas un moyen de le sous entendre de façon plus délicate ? Bref, le couple s’installe et patatras, un nouveau cambriolage ! L’auteure manquait-elle à ce point d’imagination pour nous resservir la même soupe ? Mais attention, tenez-vous bien, chat échaudé craignant l’eau froide, le jeune homme avait équipé sa nouvelle demeure d’un système de surveillance. Rira bien qui rira le dernier, le larcin est filmé. Notre ami trentenaire, qui ne semble pas être le meilleur couteau aiguisé du tiroir, confie son précieux film aux enquêteurs qui, grâce à son concours, pourront mettre leurs mains gantées sur les épaules des malfaiteurs. Je ne vous livre pas la fin qui, si ce n’est déjà fait, vous ôterait toute velléité de lire cette belle histoire fine comme du gros sel.

Entrons dans le détail, à commencer par le topos qui ne brille pas par son excellence mais qui a au moins le mérite de poser le cadre en quelques phrases économes mais efficaces. L’auteure nous embarque dans une histoire qui pourrait s’avérer savoureuse si elle s’était attachée à développer davantage certains passages pour aider à la compréhension du lecteur, ou pour le moins à l’intéresser un minimum. Rappelez-vous Nottingham.

S’il fallait à la vie seul ce que dicte la nécessité, elle serait quasi vide et sans saveur. Voilà une citation qui s’accorde parfaitement au premier dialogue qui ne nous éclaire pas beaucoup sur les sentiments et la vie des deux perdreaux qui ne parlent ici que de leurs plantes. La phrase suivant le dialogue nous laisse perplexe : une virgule mal placée et un William qui avait prévu un nouveau cambriolage. William est-il un devin ? Fallait-il donc qu’il soit si inconscient pour choisir une maison qu’il savait vouée à une visite de malfaiteurs ? 

Et Deby, cette jeune femme qui plonge dans la détresse, à la limite de la dépression ? Ne devient-elle pas plutôt paranoïaque après ce cinquième cambriolage ? Cela donnerait sans doute plus de corps à ce personnage féminin transparent comme l’eau claire d’un ruisseau de montagne. 

Le deuxième dialogue est tout aussi insipide que le premier en plus d’être incohérent. Comment ce William, décidément divinateur, peut-il s’imaginer que la police lui apporte de bonnes nouvelles ? Quant à la réaction de Deby, elle nous plonge dans la perplexité. En plus d’être transparente, serait-elle niaise ? Les échanges du couple nous renvoient à l’imagine du Père Noël débarquant, la hotte pleine de cadeaux merveilleux.  Tout à sa joie, notre ami William invite les policiers à entrer. Pourvu qu’il ne les guide pas jusqu’au salon où poussent ces mystérieux plants pour lesquels William porte une véritable passion.

Pour finir, que dire de ce « Deby, fais-nous couler un bon café ». Transparente, niaise et servante ! Une femme réservée aux travaux domestiques dans un texte contemporain écrit par…une femme. Simone, qu’est devenu ton héritage ? Cette seule phrase insulte toutes ces féministes qui se sont battues pour faire avancer le droit des femmes, l’égalité des sexes.

En conclusion, si l’on met de côté le coup de chaud apporté par le café, voilà un texte dont le sujet pourrait être amusant mais qui, traité de la sorte, nous laisse froid tellement il est insipide. Au bénéfice de l’auteure, je n’ai pas relevé de faute d’orthographe ou de grammaire. C’est toujours ça !

Texte original, suivez le lien…

Une nouvelle vie – Le blog de Ginette (esprit-livre.school)

Catégories
Nouvelle

Le grand mégalo

Mesdames, Messieurs,

Ce matin, à cinq heures, les trois cent mille banguissois se sont réveillés au son des cloches des églises de la ville. Ce quatre décembre mille neuf cent soixante-dix-sept, est un jour faste que la Centrafrique s’apprête à vivre. Son Président à vie, Jean-Bedel Bokassa, poussé au pouvoir par notre chère patrie en mille neuf cent soixante-quatre, se prépare en ce moment même à revêtir ses vêtements d’apparat pour devenir le premier empereur du continent africain.

Grâce aux caméras de notre ministère de la défense, vous pouvez découvrir en même temps que moi, Bangui la pauvre transformée en Bangui la coquette. Depuis deux semaines, des milliers d’ouvriers s’activent dans la capitale pour la parer de milliers de drapeaux, d’arches et de lampadaires. Voyez le palais des sports, rebaptisé Palais du Couronnement pour l’occasion, drapé de velours rouge et or tout comme la cathédrale dont les thuyas ont été passés à l’or fin. Les magnifiques statues impériales et religieuses en vernis dorés qui encadrent sa lourde porte semblent nous inviter à pénétrer dans ce lieu sacré.

En attendant le cortège qui se fait désirer, laissez-moi vous rappeler combien cette cérémonie qui s’annonce fastueuse a contribué à mettre en lumière le savoir-faire de nos artisans du luxe. Notre couturier Pierre Cardin a taillé la garde-robe impériale, notamment la réplique de la tunique de Napoléon 1er, en toile épaisse, fourrée de peau d’hermine blanche et ornée de broderie de fils d’or et de pierres précieuses. Oui, Bokassa est un admirateur inconditionnel de notre premier empereur. C’est d’ailleurs la Maison Arthus Bertrand, connue pour avoir été le fournisseur officiel de Napoléon Bonaparte, qui a ciselé la couronne d’or pur, sertie de sept mille carats de diamants. Notre plus florissante sellerie, représentée par un ancien membre de la garde républicaine, a fabriqué les dix-neuf tonnes de marchandises destinées à équiper les chevaux. C’est ce même homme qui a formé les cent vingt cavaliers qui vont bientôt défiler sous nos yeux. Notre haras national du Pin a fourni, sur ordre de l’Elysée, les huit chevaux blancs destinés à tirer le carrosse dans lequel le futur Empereur sillonnera les rues de la capitale. Le sculpteur Olivier Brice, dont vous pouvez admirer l’une des œuvres Place du Caire à Paris, s’est quant à lui chargé des décors de la cérémonie. Les arches, les lampadaires, l’ornement de la cathédrale c’est lui. Nous verrons tout à l’heure le carrosse ainsi que le trône qu’il a également conçu. Je terminerai par quelques chiffres qui laissent rêveurs et nous montrent à quel point la France s’est impliquée dans la préparation de cette cérémonie hors du commun. Ecoutez plutôt, soixante mille bouteilles de champagne et de vin de Bourgogne, dix mille pièces d’orfèvrerie signées Christofle, six cents smokings et deux cents uniformes.

Un tel évènement ne saurait avoir lieu sans la présence d’illustres invités venus du monde entier. Cinq mille personnes triées sur le volet ont été conviées au Palais du Couronnement. Pour leur assurer un accueil digne et luxueux, Jean-Bedel Bokassa a ordonné la construction de deux cent trente et une villas entièrement équipées. Ce sont dans ces mêmes villas que les heureux élus pourront s’émerveiller devant la somptueuse orfèvrerie Christofle.

Regardez, nous pouvons observer les invités qui se pressent devant le Palais. J’aperçois notre ministre de la Coopération dépêché pour représenter la France, c’est lui qui remettra bientôt l’épée incrustée de diamants offerte par Valérie Giscard d’Estaing. Ne cherchez pas les présidents africains, ils ont tous déclinés l’invitation. Paul VI est resté au Vatican refusant le sacre que Bokassa appelait de ses vœux, enjoignant même l’archevêque de Bangui de ne jouer aucun rôle dans cette cérémonie. C’est donc à un simple couronnement auquel nous allons assister d’ici quelques minutes.

J’apprends incidemment que les huit chevaux attelés au carrosse ont peiné pour avancer sur la piste de latérite fraichement goudronnée. Cette information explique sans doute le retard pris par le cortège. Ah ! Je vois poindre les cavaliers en tenue napoléonienne. C’est splendide, mais je m’étonne qu’ils soient chaussés d’espadrilles. Voilà une fausse note qui me laisse pantois. Mais regardez plutôt, les chevaux blancs arrivent. Oh mon Dieu, ils n’ont pas fière allure. Ils semblent suer sang et eau pour tirer le carrosse que nous découvrons imposant. Olivier Brice n’a pas fait dans la demi-mesure, le coche de bronze et d’or doit peser bien lourd pour nos destriers. Les voilà qui s’arrêtent enfin devant le palais. L’impératrice Catherine, vêtue d’une superbe robe d’or brodée de rubis, descend la première suivie de son fils. Bokassa portant au front une couronne de lauriers d’or, foule à son tour le tapis rouge. Nous pénétrons dans le palais à sa suite. Pardonnez-moi, Mesdames et Messieurs, je reste sans voix devant cet immense trône en forme d’aigle, recouvert d’or. Le mauvais goût l’emporte sur la fausse note ! L’empereur reçoit de la part des officiers de sa garde son épée de sacre, sa couronne de diamants, qu’il pose lui-même sur sa tête, un sceptre de diamants et sa cape immense rouge et or, symbole de son autorité dans un silence équivoque.

Nous sortons du palais. L’empereur salue la foule contenue à coups de bâtons, des automitrailleuses sont en position. Les chevaux semblent harassés, deux d’entre eux chancèlent. Oh ! Les voilà à terre. Attendez, une dépêche m’informe à l’instant que cette débauche de dépenses aura coûté un quart du budget centrafricain financé en partie par les salaires des quarante milles fonctionnaires de l’état, la France et la Lybie de Kadhafi. Pendant que les opposants jetés en prison attendent l’amnistie que leur a promise Bokassa, la population continue de mourir de malnutrition et de manque de soins.

Mesdames, Messieurs, j’ai bien peur que la diffusion de ces images ne ridiculise la France aux yeux du monde entier.

Catégories
Nouvelle

Déjà mort

Hirsute, la face boutonneuse, la peau brulée par le soleil, ses mains sales pendent sur ces genoux cagneux. Sa bouche à demi ouverte laisse paraître de mauvaises dents dont l’alignement douteux est rythmé par quelques trous noirs. Il passe sa langue sur ses gencives gonflées qui suintent des gouttes de sang mêlées à un liquide jaunâtre malodorant. Ses jambes repliées devant lui sont couvertes d’ecchymoses. Malgré la perte abondante de ses cheveux, des touffes emmêlées persistent encore sur son crâne rougi. Il ne sait plus depuis combien de temps il hère sur ce bout de terre dont il a mille fois fait le tour. Il a compté ses pas, environ quinze milles. Trois lieues de circonférence. L’épave du galion par lequel il est arrivé se disloque lentement sur la côte sud, au gré des rafales de la mer. Ses compagnons d’infortune sont tous morts.

Après l’échouement du navire, avec les quelques rescapés, il a enterré les corps des officiers, laissant là les sans grade. En dépit de leur arrivée fracassante sur les rochers, malgré le traumatisme, la blancheur éblouissante du sable leur fit penser à un pays de cocagne. Une telle splendeur ne pouvait leur promettre qu’abondance. Peuple indigène, gibier, essences de bois inconnus, de l’or peut-être, des pierres précieuses surement.

Avec les quelques survivants, il s’enfonça dans les terres. L’horizon des basses collines était ponctué de quelques buissons épineux dénués de toutes baies. Çà et là, quelques touffes de graminées fouettées par le vent, jaunies par le soleil brulant, ajoutaient à la monotonie du paysage. En trop peu de temps, ils furent de nouveau sur la côte. Quelques centaines de mètres les séparaient de leur point de départ. Devant eux, la mer, à perte de vue, l’odeur d’iode inondant leurs narines. A leurs pieds, la côte était recouverte d’une matière dont ils ne sauraient dire le nom. Noire, parcourue de crevasses profondes, des lignes blanches interrompues à intervalles réguliers attiraient le regard. La curiosité l’emportant sur la méfiance, ils touchèrent la chose. La pulpe des doigts appuyée sur cette surface dure et rugueuse, ils reniflèrent. Une odeur désagréable couvrant celle de l’iode marin les fit reculer. Pourtant, ils en avaient la certitude, ils avaient là, devant les yeux, leur première découverte.

La nuit tombant, ils décidèrent de regagner le galion pour en extraire les derniers vivres et construire un abri de fortune. A coup de hache, ils se servirent du grand mat brisé, de morceaux de la charpente et tirèrent la grand-voile déchirée. L’un d’entre eux découvrit un fut de mauvais vin encore intact. Ils s’enivrèrent pour mieux oublier les épreuves qu’ils venaient de traverser et s’enfoncer dans un sommeil lourd de fatigue, peuplé de corps flottants, des hurlements du navire, du fracas des vagues sur les récifs.

Le soleil levant, le corps rompu, ils se dirigèrent vers l’est par l’intérieur des terres, laissant là les blessés agonisants. Nulle surprise, la broussaille succédait à la broussaille. La côte déjà là devant leurs yeux fatigués après une courte marche les plongèrent dans la consternation. Pourtant, revenus vers leur campement fouetté par le vent, loin d’abandonner malgré la fatigue, ils reprirent leur marche vers l’ouest. La terre qui crissait sous leurs mauvaises bottes était toujours aussi pauvre. Sable, pierre, épineux. Et puis la côte, encore, aveuglante de blancheur. Ils devaient se rendre à l’évidence, ils étaient sur une île. Ils se réjouirent néanmoins de constater que le coin était à l’abri du vent, la mer plus calme y était d’un bleu turquoise, apaisant, en total contraste avec le lieu de leur naufrage. Ils passèrent le reste de la journée à déménager leur campement vers cet endroit plus accueillant. Ils achevèrent les blessés qui râlaient et bavaient leur souffrance dans un gargouillis de paroles inaudibles.

Il avait consacré des heures à explorer cette terre inconnue avec ses compagnons. Jour après jour, harassés, ils mordaient à pleines dents la viande séchée qu’ils avaient pu sauver, les yeux perdus dans l’eau transparente, silencieux. La puanteur morbide des cadavres abandonnés, décharnés, les orbites nettoyées par les mouettes, s’était estompée depuis longtemps maintenant.

Un soir, à bout de vivres, épuisés, ils virent quelque chose s’avancer sur le sable immaculé. Une grosse carapace ovale, aplatie, qui se mouvait lentement. Le plus curieux, ou le plus inconscient, s’approcha pour découvrir que c’était une drôle de bestiole. De la coque émergeait quatre membres et une tête ridée, les yeux protubérants, la gueule pointue comme un bec. Ahuri, il en vit d’autres s’avancer. Il héla ses compagnons qui le rejoignirent, armés de bâtons. Du bout de leurs badines, ils touchèrent le curieux animal qui semblait inoffensif. La coque était dure comme la pierre, les membres, couverts de tâches marrons, élastiques.

C’est à la faveur de cette même nuit qu’ils aperçurent la fumée. Elle semblait provenir de l’endroit où ils avaient découvert ce sol noir et nauséabond. Cette île était donc habitée ! Comment avaient-ils pu passer à côté ? Deux d’entre eux partirent discrètement en reconnaissance. Un homme était assis sur une sorte de fauteuil en grosse toile devant une cahute de belle allure. Vêtu d’étoffes mystérieuses, il paraissait fumer du tabac enroulé dans du papier blanc. Tranquille, il ne bougeait pas, parlant une langue incompréhensible à ces animaux à carapace. Epouvantés, ils rebroussèrent chemin.

Dès l’aube, armés de pistolets à rouet et de sabres, ils se dirigèrent vers la cabane pour donner l’assaut. L’inconnu est forcément source de danger. L’homme, déjà sur le pas de sa porte, rapide comme l’éclair, sorti une petite arme brillante et fit feu. Les assaillants tombèrent, les uns après les autres. Lui seul était parvenu à trancher la tête de l’étranger.

Survivant.

Catégories
Nouvelle

Pour le meilleur

J’ai perdu la notion du temps. Quelle heure est-il ? J’ouvre un œil. Midi, déjà ! J’ai mal au crâne, la bouche pâteuse. Je me suis encore laissé aller. Je descends les escaliers en m’agrippant à la rambarde. Plongé dans la pénombre, mon petit salon est un vrai capharnaüm. Sur la table basse, un cendrier déborde de mégots, la bouteille de whisky que j’avais acheté la veille trône en son milieu, vide. La télévision restée allumée diffuse un programme débile. Un jeu à la con. Les dents trop blanches de l’animateur me piquent les yeux. Un des candidats fanfaronne. J’imagine qu’il a gagné. J’éteints. L’odeur de tabac froid me donne la nausée. J’entrebâille les volets pour me rendre compte que cette journée sera une journée de merde, comme la précédente et celles d’avant. Le ciel est blanc, il bruine. J’ouvre les fenêtres, l’humidité m’assaille. Je laisse ouvert le temps de prendre une douche. L’eau chaude qui ruisselle sur mon corps ne suffira pas à me laver de mes angoisses. J’enfile un jean et une chemise à la va vite pour aller à la boite aux lettres. Elle est vide, comme d’habitude.  Quoique, j’exagère, j’y trouve parfois des factures ou des monceaux de publicités qui finissent invariablement à la poubelle.

Mon homme me manque. Mes parents n’ont jamais approuvé notre liaison. Antimilitaristes de la première heure, ils ne pouvaient pas espérer pire que leur fille unique s’amourache d’un membre des forces armées régulières. L’amour ne se commande pas. Je l’ai tout de suite aimé mon soldat. Je l’ai rencontré au hasard d’une soirée organisée par des amis communs. Je ne crois pas aux contes de fées, pourtant cette petite fête sans prétention fut le début des plus beaux jours de ma vie. Je ne peux pas dire que c’est son physique qui m’a attiré mais plutôt son sens de l’humour. C’est le seul homme qui ne m’a jamais autant fait rire. Artiste de l’autodérision, il savait aussi imiter son adjudant comme personne devant une assemblée hilare. Ce soir-là, nous sommes naturellement rentrés ensemble, comme si nous nous connaissions depuis des lustres. En permission, il n’avait pas vraiment de « chez lui ». C’est dans mon studio d’alors que nous avons fait l’amour et dormis dans les bras l’un de l’autre jusqu’au petit matin. Puis, tout est allé très vite. Paul avait exceptionnellement cumulé ses droits à permissions annuelles, nous avions quarante-cinq jours. Malgré l’opposition farouche de mes parents, j’ai démissionné, quitté mon studio, mes amis, Panam pour partir vivre à Toulon pas trop loin du camp de Canjuers où est affecté Paul. Nous avons trouvé une location dans cette petite maison dans le quartier de la Beaucaire. Rien d’extraordinaire, mais pour nous, c’était la plus belle maison du monde. Nous nous contentions de petits riens et mordions nos quarante-cinq jours à pleines dents. Le sentier du littoral, la soupe au pistou, la rade, les expositions, à chaque jour son plaisir. Mais chaque jour passé ensemble nous rapprochait de l’échéance tant redoutée.

Paul est reparti avec la promesse de revenir après trente jours. Trente jours d’attente pour quatre petites journées de permission. Un rythme auquel il faudrait nous habituer. Nous avions décidé de nous écrire tous les jours, à l’ancienne. C’est ce que nous avons fait. Sans boulot, que je n’avais pas cherché, toute occupée à profiter de la présence de Paul, je guettais le facteur depuis la fenêtre de la kitchenette. Dès qu’il avait tourné les talons, j’allais à la boite aux lettres. A chaque fois, j’y trouvais mon trésor. Je posais le courrier sur la table basse du salon et m’obligeait à attendre la fin de journée pour l’ouvrir et le lire en sirotant une tisane bien chaude. Après les anecdotes sur sa vie au sein du 1er régiment de chasseurs d’Afrique, il me parlait d’amour, il me dessinait notre avenir. Après m’être imprégnée de ses mots, je prenais ma plume et la laissait courir sur le papier. Nous parlions mariage, nous évoquions notre future famille. Un bébé, fille ou garçon. Prince ou princesse de toute façon. Malgré l’absence de mes amis, le silence de mes parents, je n’étais pas seule. Et tout a basculé.

Dans sa dernière lettre, Paul m’informait de son départ pour le Sahel pour une durée indéterminée. Foutue opération Barkhane ! Il ne pourrait plus m’écrire. Tout est devenu sans saveur. Pour digérer l’information, j’ai jeté ma tisane pour la remplacer par un verre de whisky bien tassé. Moi qui ne bois qu’en de rares occasions. L’alcool m’a réchauffé les larmes. Cette nuit-là, je n’ai pas dormi, ou si peu et surtout si mal. Le lendemain, je suis restée cloitrée chez nous, à imaginer la pire des tragédies. Je sais pertinemment que l’on décompte plus de trente morts depuis le début de l’opération. Je sais que Paul est en zone dangereuse. Je l’ai pourtant accepté son métier mais pour moi, les conflits armés ne pouvaient pas nous atteindre. La deuxième guerre mondiale c’est loin, la bande de Gaza c’est loin, la région du Donbass c’est loin, la Syrie c’est loin, l’Afrique c’est loin. Merde !

Un mois sans nouvelle. Un mois que je traine ma carcasse comme un lion dans sa cage. Un mois que je ne dors presque pas. Je suis pourtant allée voir un médecin qui m’a prescrit des somnifères que je ne prends pas. Je préfère m’abrutir à coups de whisky pour m’écraser quelques heures sur le canapé ou sur le lit quand j’ai encore suffisamment d’équilibre pour grimper les escaliers. Ces moments de sommeil volés sont peuplés de cauchemars. Je me réveille chaque jour un peu plus mal que la veille. Je ferme les fenêtres. J’essuie la table poisseuse. Le téléphone sonne. C’est la mère de Paul. Hébétée, je raccroche sans un mot. Je passe en mode automate, range la maison, sors chercher une bouteille de scotch, monte à la salle de bain. Les boites de somnifères sont à leur place, intactes. Je me sers un verre et une plaquette de médocs. Je fume clope sur clope et je recommence. Un verre, une plaquette, un verre, une plaquette.

J’arrive Paul.

Catégories
Nouvelle

Gare aux nuisibles

Le comparer à la fouine serait faire insulte à la bestiole. Pourtant, quand on regarde sa petite gueule d’amour, on pourrait s’y méprendre. Il a des petits yeux noirs perçants dans lesquels le premier juif arabe égaré pourrait s’empaler. Ne pas confondre ici avec le juif berbère dont se targue notre homme. Le juif berbère n’est-ce pas, n’est pas un juif arabe et vice versa. Comprenne qui pourra. J’ai beau eu me bourrer la panse de haroset, les dattes et les abricots secs qui le composent me restent sur l’estomac sans avoir livré leur terrible secret. Je digresse. Puisque s’en est un, revenons à notre homme.

Les points de concorde avec la fouine ne s’arrêtent pas là. Quand notre petit carnivore dégage une odeur nauséabonde lorsqu’il est en danger, notre omnivore émet en permanence un fumet désagréable à nos narines de vierge effarouchée. Un fumet qui n’a d’autre but que de faire fuir les étrangers, à commencer par les musulmans. Enfin non, les islamistes. Ou ceux qui pratiquent l’Islam. La vache, que c’est compliqué. On simplifie. Que tous ceux qui ne s’appellent pas Corinne quittent la France et on en parle plus ! Je vois déjà les voyagistes de tous bords se frotter les mains. A cette solution, j’y vois deux limites. La première, 160 000 Corinne sont nées en France depuis 1900. La deuxième, les Corinne ne se reproduisent pas entre elles. What else ?

Convenons-en, les Corinne sont des femmes. Or la femme ne saurait se considérer l’égale des hommes. C’est pas moi qui le dit, c’est lui. Je ne voudrais pas avoir une cohorte de féministes en chaleur aux trousses. La femme disais-je, disait-il, bénéficie de la Loi sur la parité. Voyez comme elles investissent le Sénat et l’Assemblée nationale. Ben oui, sans parité, pas de femme, avec parité on oblige les gens à les mettre sur des listes. On y met les copines, les épouses, les maitresses. Notre mi-homme mi-fouine nous susurre ainsi à l’oreille – que j’ai poilue – qu’il suffit de coucher. Et vas-y que je t’en remets une couche sur la promotion canapé. Il faut quand même en tenir une couche !

Pour autant, notre énergumène se défend de tout machisme. Si si. Ce petit être aux relents fétides nous fait de brillantes déclarations sur le sujet. Ça commence dès la gestation avec la théorie du bombardement d’hormones. Ne le dites à personne, les hormones lancées telles des ogives à tête nucléaire choisissent leur camp : fille ou garçon. De bombardement à guerre, il n’y a qu’un pas que notre apprenti endocrinologue franchi allègrement de ses petites pattes maigrichonnes. Synthèse logique : les filles ne sont pas faites pour la guerre. De guerre à concurrence, il n’y a … non je l’ai déjà faite. Bref, dans concurrence, il y a classes préparatoires. Vous ne comprenez pas ? Moi non plus ! Quoi que. Son esprit tortueux comme une galerie de taupe qui ne s’est pas faite bouffée par une fouine ne cherche-t-il pas à suggérer que la femme n’est pas faite pour les études ? Amies ménagères, à vos torchons !

Le petit bonhomme disgracieux n’est pas à une contradiction près. Bien que reléguée derrière sa table à repasser, la femme n’en reste pas moins une castratrice. Entendez-vous ma voix de fausset ? Je suis un homme, quoi de plus naturel en somme. Polnareff ! Au panier. Moquez-vous, Messieurs les castrats. Chantez donc maintenant ! Pas tout l’été car vous vous trouveriez fort dépourvus quand l’hiver fut venu. Poils au dos. De toute façon, il est trop tard, le déclin du pouvoir masculin est en marche. Tremblez gent masculine, l’impuissance gagne du terrain et avec elle, votre agressivité, votre force physique, votre violence. Ce qui n’est peut-être pas plus mal, sauf pour l’impuissance sinon, adieu la promotion canapé.

Vous avez deviné. Comme la fouine, notre agité du bocal génère des dégâts. J’ai cassé ma tasse à café ce matin. Pour combattre ses dommages, il faut boucher tous les orifices par lesquels il pourrait s’infiltrer. Je vous conseille les bouchons d’oreilles, relativement efficaces. Vous en trouverez chez l’épicier du coin. Pour les yeux, un bandeau pourrait faire l’affaire mais il faut renforcer le dispositif. Pétez votre appareil télévisuel. Attention, la bête s’introduit par le moindre petit trou. Resserrez les mailles du filet. Eteignez votre radio. A la librairie, demandez conseil à votre pharmacien qui saura vous prescrire le bon antidote. D’ailleurs, j’ai pris quatre anxiolytiques avant d’écrire ma fulgurante diatribe.

Bref, à défaut de ces quelques précautions d’usage, les nuisances pourraient se transformer en dangers. Vous aurez deviné lesquels.

En cherchant bien, j’ai quand même relevé une divergence de taille entre le mustélidé et le Zébulon à ressort. L’activité du premier est essentiellement nocturne, celle du deuxième n’a pas de limite. De jour comme de nuit il rebondit dans tous les sens. A devenir cinglé ! Il agite ses thèmes favoris comme les marionnettes d’un théâtre où Brutus prendrait le dessus sur Guignol. Oui, il aime la lumière des feux de la rampe qui le lui rendent bien.

En conclusion, nocturne ou pas, les deux sont nuisibles. Alors, au travers de votre bandeau, ouvrez quand même l’œil, mais le bon.

Catégories
Nouvelle

Le roi serpent

Une mère devenue grand-mère, éclatante de bonheur dans sa robe orange. Un père qui attend son fils, sur le quai d’une gare, en sabots et chaussettes montantes rouges à bouclettes. Le sourire d’un jeune homme, son parapente se posant doucement derrière lui. Une belle femme, les cheveux longs, le ventre rond. Un bébé vomissant son lait sur l’épaule de sa grande sœur. Un groupe de jeunes qui trinquent à la santé de n’importe quoi. La dépression d’une mère. L’absence d’un père. La cueillette des cassis en chanson pour gagner quatre francs six sous. La saison des vendanges et ses lancés de verjus, les ongles noirs, le dos brisé. Un instituteur déployant des trésors de patience face à une élève hermétique. Des fous rires en cours d’espagnol déclenchés par des jeux de mots débiles. Le regard des étudiants plongés dans la poitrine débordante de leur professeure de gestion. Des chasseurs à grande gueule, l’haleine chargée de pastis. Le père de la mariée, déchainé, qui assure l’ambiance musicale jusqu’au bout de la nuit. Les mots d’amour de la belle maman pour la fille du père. L’ambiance, délirante, d’un premier job dès le rideau de fer du magasin tombé. La rencontre improbable de celle qui deviendra une amie pour la vie. L’amour. Le torse viril d’un beau brun debout sur le sable équatorial. Le couteau d’un frère, les yeux exorbités, sous la gorge de sa sœur. Des enfants hurlants de plaisir sur la luge accrochée à une méhari qui enchaine les allers-retours sur la route enneigée. Les larmes d’une adolescente devant le moineau qu’elle vient d’abattre d’un coup de carabine à plombs. Un viol et puis s’en va, et s’en revient pour le deuxième. Une moto lancée à 180 kilomètres heure sur une départementale, un casque de mobylette sur la tête de la passagère. La déchirure. La plongée dans le cauchemar. L’envie de mourir. Les grands-parents, les parties de petits chevaux, le chocolat qui fond sur la langue devant la dernière séance en noir et blanc. Les quatre cents coups avec les cousins. La beauté de la montagne qui s’offre toute entière aux plus courageux. Le cocon protecteur d’une clinique psychiatrique. La rage qui étouffe. Les enfants beaux comme des Dieux. La mort toujours prématurée d’êtres tant aimés.

Des souvenirs, des images, des idées affluent dans le désordre. Il fait blanc. Ce moment de vide total entre la nuit et le jour que le lève tôt savoure. L’aube. Le calme absolu qui précède la tempête de mots que l’écrivain appelle de tous ses vœux. Pour l’heure, à l’image de l’aube, la feuille est blanche, nue et vierge. Avec crainte et respect, l’auteur la contemple avant de la déflorer. Ce n’est pas le sang qu’il cherche à faire couler mais son âme et son cœur pour exprimer la passion qui le dévore. Le rouge tarde. L’aurore se fait attendre. Le blanc aveugle l’artiste qui fait face à son tumulte intérieur. Ses joues s’empourprent. Ne pas laisser place à la colère, apaiser le flux sanguin, écouter son cœur pour ressentir le désir chaste d’un amour sans fard pour les mots. Trouver la source. Fermer les yeux. Sous les paupières, l’Ouroboros. Le roi-serpent, le grand Tout. Gardien du temple de la connaissance qui n’a ni fin ni commencement. L’Ouroboros se déplace du passé vers l’avenir. Attention, il se mord la queue. N’est-ce pas là l’image d’un éternel retour ? Pour l’heure, il fait une halte sur le présent, sans doute fatigué d’avoir tant donné au passé. A moins que ce ne soit l’écrivain qui ne soit épuisé par tant de sources d’inspiration. La halte sera courte, le présent est éphémère. Il existe pourtant bel et bien. Il faut le goûter. Le présent, c’est l’écriture.

Il faut choisir. Les thèmes sont multiples. Quelle est la couleur des émotions qui dominent à la convocation de l’Ouroboros ? D’humeur grise, l’écrivain se laissera entrainer vers des contrées fouettées par le vent de la tristesse. L’odeur nauséabonde de la dépression viendra emplir ses narines pour se fondre dans sa plume. Il ne reste qu’à piocher dans les flashs d’inspirations que lui a livré l’Ouroboros pour laisser s’épandre la cendre sur le blanc papier, détruisant paix et sérénité sur son passage. S’il n’y prend garde, le gris pourra virer au noir, plongeant le texte et son auteur dans l’angoisse, le vide et le néant de la mort. L’écrivain saura-t-il saupoudrer sa page de rose pour adoucir ses propos et retrouver un peu de calme avant que la tornade ne l’emporte ? La palette de couleurs est infinie et c’est heureux. Il suffit d’une lueur jaune, la laisser venir à soi pour qu’elle distille sa chaleur bienfaitrice. Le soleil comme une bouée de sauvetage. L’auteur s’en saisira à bras le corps pour illuminer son récit d’une joie qui viendra dorer la journée de son lecteur. Le tourbillon des mots, comme une danse folle, dégagera une dynamique empreinte de bonheur et de rires. Le jaune peut tourner au marron pour donner naissance à une prose contemplative. L’esprit apaisé, les pas de l’écrivain se perdront dans la forêt accueillante, arpenteront les chemins caillouteux de la montagne, glisseront sur l’herbe encore humide de la fraicheur de la nuit. Sa plume, en symbiose avec la faune et la flore, vagabondera au gré des ses rencontres. C’est un texte empreint de nonchalance et de douceur qui viendra contrebalancer la pesanteur du gris et la vivacité du jaune.

Les doigts courent sur le clavier pour noircir une page désormais déflorée. L’auteur ne voulait qu’ouvrir son âme et son cœur, pourtant, le sang a coulé. Par petites touches, de ses veines il a taché le papier. L’Ouroboros entraîne l’écrivain à y laisser un peu de lui-même. Il l’épuise en investissant ses entrailles. Il fouille, il remue le bon grain et l’ivraie sans les séparer. Après tout, l’Ouroboros est un serpent qui se coule au plus profond de l’être qui l’accueille. Il s’agit bien là d’une invitation de la part de l’écrivain. C’est bien lui qui l’invoque pour se nourrir de son souffle. A lui alors, de choisir la couleur qui lui sied pour teinter l’encre de sa plume.