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In manus tuas domine

– Foutredieu ! Quelqu’un de vivant ?

– Ho là, Albéric, c’est toi ?

– Gauvin ! Compagnon, je ne t’avais point vu. Regarde, le galion, détruit.

– Avec cette mer démontée, la main de Dieu nous a conduit sur les récifs pour nous faire découvrir cette nouvelle terre. Qu’il en soit remercié. Es-tu suffisamment gaillard pour parcourir la plage à la recherche d’autres rescapés ?

– Fi donc, je te suis !

– Morbleu ! La plupart d’entre nous sont passés de vie à trépas. C’est peine à voir.

– Allons bon train tant que le soleil nous éclaire. Il me semble voir bouger par ici.

– C’est Rodolphe. Hé mon ami, nous entends-tu ? Répond !

– Laisse, je crois qu’il vient de rejoindre l’autre monde. Ne faiblissons pas, poursuivons nos recherches. Par ici ! Un moussaillon. Ho, gamin, comment te nommes-tu ?

– Colombin. Que s’est-il passé ?

– N’as-tu donc pas compris que nous avions fait naufrage ? Dormais-tu donc pour ne point entendre le bruit du bois fracassé et les cris de l’équipage ?

– Calme-toi Gauvin. Il ne sert à rien de t’en prendre à ce petit mousse. Joins-toi à nous Colombin, nous ne serons pas trop de trois pour sauver ce qui peut l’être encore.

-Tu as raison Albéric. Paix sur nous. Allons !

– Messieurs, messieurs, vite, trois hommes en vue.

– Bravo moussaillon, Albéric, hâtons-nous.

– Messieurs, je crois reconnaître un sous-officier.

– Dieu soit loué Gauvin, c’est Bertand le Maître d’équipage et avec lui, Odon et Ludovic !

– Ah, que je suis heureux de vous voir. Dans mes bras Albéric et Gauvin. Et toi moussaillon, tu es béni, tous les autres ont trépassés ou disparus. Ne mollissons pas. En tant que Maître d’équipage, je prends la direction des opérations. Avec Odon et Ludovic, nous avons regroupé quelques blessés au bout de la plage. Ils sont mal en point. L’un d’eux a perdu une jambe. Allons voir si nous pouvons retirer de l’épave de quoi nous abriter et nous emplir la panse. Nous avons besoin de reprendre des forces, nos blessés aussi. Albéric, toi qui es charpentier, tu feras équipe avec Odon le voilier. Ludovic et Gauvin, coq et cambusier, voilà qui est parfait pour récupérer les vivres. Quant à toi moussaillon, va auprès des blessés et soulage-les comme tu peux.

– Equipiers, voilà de la belle ouvrage. Nous voici fournis de fil et d’aiguille. Allons maintenant dire leur in manus à nos officiers tombés à l’envers.

– Amen !

– Le soleil a passé son zénith, il est temps de voir ce que nous réserve cette terre dont le sable blanc comme neige laisse présager mille richesses à découvrir.

– Monsieur Bertand, dois-je rester auprès des blessés ?

– Oui moussaillon, nous autres reviendrons avant la nuit. Marchons !

– Par Dieu, nous voilà déjà face à la mer ! Nous n’avons pourtant parcouru qu’une demi-lieue.

– Et nous n’avons croisé que broussailles et cailloux Bertand, renchérit Albéric.

– Le soleil est bas, rentrons au campement faire ripaille et dormir. Haut les cœurs équipiers, nous reprendrons notre exploration demain.

– Ah Messieurs, vous voici ! Les blessés sont étourdis du bateau. Je ne sais de quel bois faire flèche, ils râlent plus qu’il ne passe d’eau sous un pont.

– Equipiers, je vous le dis sans fard, il nous faut abréger leurs souffrances. Albéric et Odon, chargez-vous-en pendant que Ludovic et Gauvin nous préparent de quoi faire Gaudeamus.

– Le cambusier et moi avons trouvé de la viande séchée et un fut de vin qui a résisté à l’échouement. Buvons et mangeons à la mémoire de nos frères.

– Ah ah, le moussaillon est déjà saoul comme une grive ! Equipiers, nous n’avons pas ménagé notre peine, alors buvons à plein pots !

– Equipiers, le jour commence à poindre. Reprenons notre exploration sans plaindre nos pas. Moussaillon, tu viens avec nous. Ludovic reste monter la garde.

– Mordieu ! Bertand, vois, à nouveau la mer ! Et le paysage est de même farine qu’hier.

– Je sais Odon. Mais regarde, cette large bande noire. Venez vous autres, approchez. Voyez ces lignes blanches en son centre. C’est rugueux et de mauvaise odeur. Je crois que nous tenons là une première découverte.

– Ludovic, nous avons arpenté les lieux en tous sens. Il faut nous rendre à l’évidence, nous sommes sur une petite île. Nous n’avons rien trouvé que tu ne saches déjà hormis une nouvelle matière noire et rugueuse. Nous avons cependant repéré une plage abritée du vent sur laquelle nous allons nous installer. Equipiers, au travail !

– Bertand, voilà des lunes que nous sommes installés ici. Les vivres s’amenuisent. Le moussaillon, Odon et Gauvin sont mal en point. Je crains pour leur vie.

– Je sais Albéric… Qu’est-ce que cette chose ??

– Quoi ?

– Là, une grosse carapace qui avance toute seule sur le sable ! Viens, allons voir.

– C’est étrange. Cette carapace a des membres, et là devant, on dirait une drôle de tête toute ridée.

– Serait-ce une nouvelle créature ? Non de bleu ! Là-bas, de la fumée.

– Palsambleu ! Tu as raison Bertand. Cette île serait-elle habitée ?

– Impossible, nous l’avons explorée de tous côtés. Allons voir à petits bruits. Suis-moi.

– Une cabane. Comment avons-nous pu passer à côté ?

– Parle plus bas. J’aperçois un homme, il fume quelque chose mais ce n’est pas une pipe. Il parle aux carapaces mais je ne comprends pas un traitre mot de ce qu’il dit.

– Bertand, sur quoi est-il assis ? Ce siège ne ressemble à rien que nous ne connaissions.

– Tout comme ses vêtements ! Ce sont des créatures du diable ! Rebroussons chemin. Nous donnerons l’assaut au petit jour.

– Hardi Messieurs ! L’homme est devant sa cabane. En avant !!

– Who the hell are you ? I’m gonna kill you all fucking bastards !

– Mais qu’est ce…Odon, non ! Lud. Arghh

– Bertand ! Petit mousse ? Gauvin ? Oh mon Dieu ! Je vais tuer ce misérable.

– Voilà des jours que je regarde la mer. Je n’ai plus rien à manger. J’ai mal partout. Tu divagues mon vieil Albéric. Tu parles tout seul ! Qu’importe, personne ne m’entend plus. Quand je repense à cette boucherie. J’ai tranché la tête de ce diable d’homme avant qu’il ne me tue à mon tour. Pourtant, je vais mourir moi aussi. Je le sais. Je le sens.

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