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La course contre la montre

La gestion du temps, quel vaste sujet. Compagnon des temps modernes, la question se traite chaque minute de chaque jour. Cela pourrait être facile s’il n’y avait ce Petit vélo qui tourne en boucle dans ma cervelle de moineau. Petit vélo que fais-tu ? Qui est-tu ? Ce qui est certain, c’est que tu es sournois ! Je ne te vois pas venir quand je suis concentrée à mon bureau et que tout à coup je m’aperçois que je regarde par la fenêtre. Tu m’entraînes à me perdre dans le camaïeu de verts qui éclabousse mon horizon. Une mésange se pose sur une branche. Le chat du voisin fait une courte apparition dans le jardin. Tiens, il faudrait que je désherbe. Voilà dix minutes de passées. Non, Petit vélo, je n’enfilerai pas mes bottes pour aller arracher les pissenlits. Je lute pour revenir à mon objectif premier : écrire. Je me penche sur mon clavier, j’écris péniblement quelques lignes et Petit vélo m’envahit de nouveau. Et si je me faisais les ongles ? Ils pourraient sécher alors que je travaille. Gain de temps. Bien sûr que non ! Je vais encore perdre de précieuses minutes à vouloir faire deux choses à la fois. Mais Petit vélo est plus fort, il tourne et retourne dans ma tête et hop, me voilà partie dans la salle de bain chercher mon matériel de manucure. Je jongle avec ma lime à ongles et mon texte. Oh, il est déjà presque midi. Je n’ai pas vu le temps passer. Il faut préparer à manger, les enfants vont rentrer. Le vernis est posé, le récit inachevé.

Je dois apprendre à maîtriser Petit vélo. Ce pourrait-il que son deuxième prénom soit Concentration ? Est-ce aussi simple ? J’ai froid aux pieds, je lâche mon ordinateur pour enfiler une paire de chaussettes. J’en profite pour sortir fumer une cigarette. Les oiseaux pépient. Le printemps s’annonce. Il faudrait vraiment que je désherbe. Le vent frais me pousse à rentrer. Je me remets à la tâche. Les nuages défilent devant mes yeux. Peut-être faudrait-il que j’installe mon bureau ailleurs que devant une fenêtre. Non, mauvaise idée, la lumière extérieure baigne la pièce, la luminosité est parfaite et qu’il est bon de pouvoir s’évader par cette fenêtre pour se perdre avec Petit vélo.

Une longue pause de presque deux heures me fait perdre le fil. Je me botte le train arrière pour reprendre mon travail d’écriture. L’imagination me fait défaut. Cette fois ce n’est pas Petit vélo qui m’empêche d’avancer. C’est la motivation. Motivation et concentration, voilà un cocktail qui peut être tout à la fois ravageur par le manque ou d’une efficacité redoutable si les deux sont présents et se tiennent la main. Voilà donc le secret, allier motivation et concentration pour avancer. Mais cela se décrète-t-il d’un simple claquement de doigts ? Les jours se suivent mais ne se ressemblent pas. Un jour motivée Petit vélo s’incruste l’air de rien. Le lendemain, la motivation fait complètement défaut et c’est sans appel. Inutile d’insister.

Alors qui de la motivation ou de Petit vélo est le plus perturbateur ? La motivation peut se remettre au lendemain. Une tisane anti-stress, une bonne nuit de sommeil, pas trop d’éléments perturbateurs et la motivation revient sans crier gare (comme Petit vélo d’ailleurs). Disons donc que je vais m’accorder une petite sieste. A plus.

A mon réveil, je me rends compte que j’ai omis de parler du quotidien. Je ne me suis attardée que sur les moments d’écriture. La motivation, la concentration c’est bien, mais le temps, les heures qui coulent rythmées par mille tâches diverses et variées à effectuer en plus du travail d’écriture. La vie professionnelle car il faut bien gagner sa vie, les enfants car il faut bien les éduquer, les activités physiques car il faut bien bouger, les courses car il faut bien manger, le ménage et le repassage car il faut bien…stop ! Il faut surtout trouver des solutions. Pour ça, je peux faire appel à Petit vélo, il est capable d’inventer beaucoup de choses, plus ou moins utiles, je le concède, mais il ne manque pas d’imagination.

Pour le ménage, repassage, c’est réglé en deux coups de cuillère à pot, je ferai appel à une femme de ménage. Concernant les courses, le Drive fera l’affaire, quant aux activités physiques des enfants, ils iront à vélo, en scooter, en bus ou en skate. Reste les miennes à encadrer. Quid de la vie professionnelle ou de l’éducation des juniors. Certes mon mari prend en charge une bonne partie des obligations dues à nos enfants mais il ne pourra rien pour moi vis-à-vis de mon boulot ou de mes activités physiques. Alors Petit vélo, une idée ? Quoi ? Le dédoublement physique ? Vu l’accélération des progrès scientifiques pourquoi pas. Mais, d’ici à ce que l’on trouve une méthode applicable à l’être humain, j’aurai encore le privilège de me battre avec le temps. Privilège oui, car quand on en est à se demander comment gérer son temps, c’est que l’on est bien vivant.

Organiser mon présent en fonction du futur et non l’inverse. Voilà une idée à creuser. Cela signifie qu’il faut maîtriser un tant soit peu son futur, ce qui par ces temps incertains relève de la gageure. Les lendemains du foyer peuvent à la limite se concevoir et s’organiser un minimum. Mais que faire de tous les imprévus, comment se projeter au-delà des annonces gouvernementales qui balaient d’un revers de masque les quelques semaines planifiées en famille. L’organisation est à revoir et la bonne gestion du temps n’est plus qu’un doux rêve qui s’éloigne. 

Ah zut, il ne me reste que 24 heures pour rendre ma copie. Alors, dehors les mioches, adieu pissenlits, et je m’enferme dans mon bureau pour foncer tête baissée, isolée. Les mains courent sur le clavier. Décider d’écrire à un moment de la journée où l’on sait que l’on a mis toutes les chances de son côté pour avancer. Allier motivation qui se décrète poussée par l’obligation et concentration par la mise au placard de Petit vélo. Et voilà la naissance d’une nouvelle écrite au pas de course mais pendant laquelle on aura éprouvé un immense sentiment de liberté.

Une réponse sur « La course contre la montre »

Petit vélo, ou singe malicieux ou le clown, le coquin,ou esprit pensant/ego, chacun l’appelle comme il veut, mais nous en avons tous un. C’est bien de le nommer, il y a des tas de surnoms rigolos et tellement parlant. Parfois nous nous identifions à lui, mais le plus souvent nous l’utilisons à bon escient.Le reconnaître est une grande avancée. Tu peux lui dire « salut petit vélo, je te reconnais » et renoncer le suivre. Mais il est tellement malin qu’il revient, alors PAUSE. Aller gratter dans le jardin et observer les pissenlits envahisseurs est une bonne idée. De toute façon, petit vélo t’empêchera de te concentrer et fera reculer ta motivation. Prendre l’air, se poser va dans le sens de lâcher son vélo.
En fait, dans la course contre la montre, nous nous rendons compte que nous effectuons une multitude de tâches inintéressantes, souvent nécessaires mais aussi inutiles, seulement dictées par le Petit Vélo . Il nous épuise! Se concentrer sur une banale tâche quotidienne demande beaucoup d’efforts cependant nous pouvons y trouver du calme et relativiser cette course contre la montre. Tu sais faire.
En tout cas, je pense qu’écrire tout çà comme un exercice demande quand même de la concentration et une grande conscience du phénomène humain que nous sommes. Bravo de l’avoir mis noir sur blanc, avec des mots qui sonnent justes « pour toi », et qui sont un miroir pour le lecteur….
Nous n’avons pas fini d’en parler de cette gestion du temps!

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