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La vieille méchante blague

Sophie et Julie se retrouvent chez Lola pour une séance de spiritisme. Ses parents sont de sortie. Le rêve !

Sophie et Julie se retrouvent chez Lola pour une séance de spiritisme. Ses parents sont de sortie. Le rêve ! Elles s’enfilent quelques téquilas paf tout en préparant le matériel ; une table ronde, une planche de Ouija, les chaises, quelques bougies, volets fermés. Ça rigole, ça se chamaille, les chips croustillent, les yeux pétillent. Lola leur raconte en pouffant l’histoire de cette folle qui habitait la maison avant que ses parents ne l’achètent. Une vieille peau qui passait son temps derrière les rideaux à insulter qui vive. Elle est morte seule, dans sa crasse. C’est le facteur, étonné de ne pas l’entendre vociférer à son passage qui l’a retrouvée assise dans son fauteuil, devant la fenêtre.

« – Tu veux dire qu’y avait un macchabé dans ton salon ? demande Julie

– Correct. En plus, la maison était tellement dégueulasse qu’il a fallu faire appel à une agence de nettoyage. Parait que ça puait la pisse, un truc de dingue !

– Chiche on l’appelle !? s’exclame Julie

– Crocodile ! »

Assises, les mains bien à plat sur la table, le dos droit, elles se concentrent, chassant les derniers fou rires. Le calme revenu, lumières éteintes, seules les flammes des bougies ondulent dans la pénombre.

« – Esprit es-tu là ?

– Pfff, Lola tu me fais rire.

– La ferme Julie, sérieux. »

De longues minutes s’écoulent dans le silence le plus total. Du bruit.

« – Julie, tu fais chier !

– Mais c’est pas moi. Sophie ?

– Pas moi non plus. »

Chacune se tait, l’oreille tendue. Une mouche vient se poser sur la main de Sophie qui frémit. Le parquet craque. Soudain, Julie pique du nez, ses épaules s’affaissent.

« Non mais sans déconner, tu le fais exprès ou quoi ? » s’exclame Sophie.

Pas de réponse. Lola et Sophie se regardent, secouent la tête, lèvent les yeux au ciel. D’habitude elles s’amusent des frasques de Julie mais là, ça ne les fait pas rire du tout. Elles attendent mais elle ne bouge toujours pas. L’ambiance devient pesante.

« Oh, la miss, c’est bon, c’est pas drôle maintenant ! souffle Lola tout en essayant de retenir Julie qui semble glisser peu à peu de sa chaise. Mais bordel, qu’est-ce que tu fous ?! ».

Tout doucement, Julie s’enfonce sous la table, inerte. Prises de panique, ses copines la secouent. Encore un peu. Plus fort. Pas de réaction.

« Tu crois qu’elle a trop bu ? demande Sophie

– Mais non, on a pris trois shots, ça va.

– On appelle les pompiers ?

– Pour passer pour des tarées ? »

Julie bouge la tête, se lève. Le regard absent, elle quitte la maison sans un mot.

Le lendemain, comme d’habitude Sophie et Lola attendent Julie devant la grille du Lycée. Elles appréhendent les retrouvailles après les évènements de la veille. Elle arrive. Les yeux dans le vide, elle passe devant les filles sans un mot. Interloquées, elles la hèlent.

« – Oh Julie ? Tu fais la gueule ou quoi ? Je te rappelle que c’est toi qui nous a plantées hier soir ! crie Lola

– My god ! T’as vu son regard ? Y a rien dedans. C’est flippant ! murmure Sophie

– Carrément. Viens, on la suit. »

Le trio rejoint la classe où les cours se succèdent dans le brouhaha des étudiants fatigués de leur week-end. Les filles, inquiètes pour leur copine tentent de la faire parler, en vain. De toute la journée, elles n’obtiennent rien de Julie. Pas un son, pas un sourire, elle reste figée, ailleurs.

Lola et Sophie décident de se retrouver le soir pour faire le point sur la situation. Elles s’interrogent. Julie ne parle à personne, ne prend pas de note en cours, ne mange pas. Elle est bizarre. Pour en avoir le cœur net, les filles décident d’appeler les parents de leur amie. C’est Sophie qui s’y colle. Après un échange assez court avec la maman de Julie, elle raccroche, livide. Madame Rousset, folle d’inquiétude confirme le changement d’attitude de sa fille.

« – Putain, Tu crois que c’est la vieille qui a pris possession du corps de Julie ?

– Non mais t’as vu la vierge ? C’est pas possible un truc pareil ! répond Lola. »

Mardi. Julie est déjà en place lorsque les lycéens investissent la salle de cours. Lola et Sophie rassurées de la voir, encadrent l’adolescente. C’est alors qu’elles constatent que ses avant-bras sont couverts de griffures.

« Julie ? Qu’est-ce qu’y se passe ? Qu’est-ce que t’as fait ? demande Lola

Les yeux fixes, Julie tourne lentement la tête et d’une voix caverneuse lui hurle :

– Ta gueule salope ! »

Sous l’effet de la surprise, tout le monde s’interrompt, les yeux écarquillés, chacun y va de son commentaire. Elle est dingue ou quoi ?

« Mademoiselle, vous voudrez bien quitter les lieux sur le champ.

– Je t’emmerde petit prof. Tu sais que je peux te faire souffrir jusqu’à la moelle. T’arracher les tripes et te crucifier.

– Sortez !! »

Tel un automate, marchant droit devant elle, Julie sort de la salle en crachant des insanités.

Sous le choc, Sophie se précipite à la fenêtre pour y jeter un œil. Ce qu’elle voit la terrorise. Julie est en train de se frapper la tête contre le seul arbre de la cour bétonnée. Sophie hurle. Dans un désordre assourdissant tout le monde se précipite pour arrêter Julie.

Dans le couloir des urgences psychiatriques, ses parents, Sophie et Lola, en larmes entendent Julie vociférer. Le médecin les rejoint :

« – Nous lui avons administré un puissant calmant, elle devrait bientôt sombrer dans un sommeil profond. Il est encore trop tôt pour poser un diagnostic sur le cas de votre fille. Je penche néanmoins pour un accès de schizophrénie qui se traduit ici par une bouffée délirante aigue. Avez-vous observé des changements de comportements récents ? Retrait social ? Chute des résultats scolaires ?  

– Pas du tout ! Notre fille est une personne enjouée, entourée de nombreux amis, ses résultats n’ont pas fléchi. Cela dit, elle n’a pas ouvert la bouche depuis lundi.

La tête basse Sophie renchéri :

– C’est ça, elle a changé du tout au tout lundi.

– Oui, et elle a eu un comportement étrange dimanche soir, enchaine Lola.

– Qu’avez-vous fait dimanche soir ?

– Une séance de spiritisme docteur. On a appelé la vieille. »

2 réponses sur « La vieille méchante blague »

Voilà une drôle d’histoire qui fait rire. Cela m’a rappelé le film l’exorciste qui m’avait plutôt effrayée!!……Elles étaient bien informées ces lycéennes pour se lancer dans une séance de spiritisme – j’ai découvert la Ouija et la marque déposée Parker. Ah! ça peut emmener loin ce genre d’histoire. Illusion ? En tout cas tu t’en es bien sortie. L’enchainement est bien lié, le langage cru des jeunes nous indique une forme de peur qui excite la curiosité. On est captivé et attend de savoir comment ça va se terminer..(Elles n’en mènent pas large les copines!).Tu laisses le lecteur imaginer une suite. Au final, soit tu éclates de rire, soit tu attends le Tome 2. BRAVO.

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