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Le bon docteur Lamalisse

Connais-tu les histoires du bon docteur Lamalisse ? C’est un docteur qui n’hésite pas à aller au-delà de son métier pour rendre service, principalement à de jolies jeunes femmes. Malgré son embonpoint, sa pipe passée de mode et son crâne chauve, il attire la confiance de toutes ses patientes qui n’hésitent pas à se confier à lui quel que soit le sujet.

Je vais te raconter l’une d’entre elles.

Une nuit, alors qu’il dormait, il entendit une sonnette. Il crut d’abord rêver mais non, c’est bien la sonnette de sa maison qui retentissait à tout rompre. Définitivement réveillé par ce vacarme il sauta de son lit pour aller jusqu’à la porte d’entrée en grommelant.

« Qui est là ?

– C’est Madame Lelièvre. Docteur ouvrez-moi.

– Il est vingt-deux heures et en plus je souffre des intestins. »

Il lui arrivait en effet d’être pris de gaz incontrôlables, bref, il pétait aussi fort qu’un éléphant sans pourtant le faire exprès. Evidemment, cette nuit-là, il ne souffrait de rien du tout. Il voulait simplement dormir.

« Docteur s’il vous plait.

– Je vous verrai demain.

– Ce n’est pas possible. J’ai besoin de vous immédiatement. Il s’est passé quelque chose de très très grave. »

A ces mots, oubliant qu’il était en slip, le bon docteur Lamalisse fit entrer Madame Lelièvre.

C’était une très belle jeune femme, aussi belle qu’une princesse, mariée à un Monsieur très riche et bien connu des gens de la ville. Elle était totalement affolée. Elle essayait de parler sans y arriver tant elle était bouleversée. Enfin, elle dit :

« Docteur, s’il vous plait, venez vite. Mon amoureux est dans ma chambre. Il ne bouge plus et mon mari va rentrer de sa réunion.

– Votre amoureux ? Mais enfin, une femme mariée ne doit pas avoir d’amoureux !

– Je sais docteur, c’est mal mais c’est pourtant la vérité. Mon amoureux est tellement beau, tellement gentil que je n’ai pas pu résister. Dépêchez-vous je vous en prie. »

Ni une ni deux, le bon docteur s’habilla en quatrième vitesse. Madame Lelièvre pleurait tellement qu’elle n’avait même pas vu l’ombre du slip du docteur.

« Vite docteur ! Je vous emmène avec ma voiture. »

La voiture démarra en trombe plaquant le bedonnant docteur au siège passager. Transpirant à grosses gouttes, il ne se fit pas prier pour mettre sa ceinture de sécurité.

« Docteur, c’est affreux. Je l’aimais tellement.

– Je comprends… Attention au feu rouge !! »

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, Madame Lelièvre et le bon docteur arrivèrent à destination.

Ils entrèrent dans la chambre. Le lit était sens dessus dessous, le drap à droite, les oreillers à gauche, la couette par terre. Le jeune amoureux de Madame Lelièvre était étendu sur la moquette, à plat ventre, nu comme un vers. Le bon docteur procéda à toutes les vérifications. Pas de doute, le jeune homme ne respirait plus.

« Madame Lelièvre, je suis désolé. Votre amoureux est parti.

– Comment ça parti ??

– Il est mort. »

La belle dame s’effondra à genoux pour pleurer toutes les larmes de son corps.

« Madame, levez-vous. Aidez-moi à le retourner pour le mettre sur le lit. Ensuite, nous l’habillerons. Nous devons terminer avant le retour de votre mari. »

Enfiler le caleçon ne fut pas un problème, le jean slim si ! A cheval sur son amoureux, Madame Lelièvre tirait le pantalon tandis qu’au pied du lit, le bon docteur tirait sur les pieds. Suants et soufflants, ils réussirent à boutonner le maudit slim, enfiler les Converses et enfin la chemise non sans se battre avec les bras du jeune homme pour les mettre dans les manches.

« Bien. Maintenant, remettez de l’ordre dans sa chevelure. »

Madame Lelièvre se mit à peigner son amoureux avec ses doigts, procédant à un savant coiffé-décoiffé comme seuls savent le faire les coiffeurs des grands salons. Bien que blanc comme un linge le jeune homme faisait maintenant bonne figure. Madame Lelièvre l’embrassa alors passionnément sur la bouche répétant sans cesse « Adieu mon amour ». Minuit sonna.

« Aïe aïe aïe, c’est l’heure de la fin de la réunion. Vite, Madame, aidez-moi à le porter dans le salon. Nous allons l’assoir sur le canapé. Allumez les lumières. »

C’est alors que la porte d’entrée s’ouvrit et se referma en claquant bruyamment. Le cœur de Madame Lelièvre battait à tout rompre.

« Par ici Monsieur. Nous sommes dans le salon. Nous avons eu un petit accident.

– Que se passe-t-il ?

– Et bien je suis resté tard à bavarder avec votre épouse et votre ami qui m’avait emmené en voiture lorsqu’il est tombé dans les pommes. Voilà un moment que nous essayons de le ranimer sans résultat. Aidez-moi à le porter à son véhicule, je le soignerai mieux dans mon cabinet. »

Le mari, sous le choc, ne se fit pas prier. Ils empoignèrent le jeune homme par les aisselles et les chevilles et le trimbalèrent comme un pantin à travers la maison jusqu’à la voiture. Le bon docteur l’installa sur le siège comme si de rien n’était.

« Vous pensez que c’est grave docteur ?

– Non, sans doute un coup de chaleur. Ça va aller. Je ne m’attarde pas. Au revoir Monsieur. A bientôt Madame. »

Il fit un dernier signe de la main à l’attention du couple désormais réunis et démarra aussitôt. Le docteur Lamalisse n’en menait pas large. Pourvu qu’il ne croise personne. Tout le long de la route, le jeune homme s’écroulait sur l’épaule du docteur qui le repoussait à grands coups de coude. Arrivés au domicile du malheureux sans encombre, le docteur annonça aux parents que leur fils avait perdu connaissance sur le chemin et demanda qu’on l’aide à le monter dans sa chambre. Alors, après avoir fait mine d’ausculter le pauvre jeune homme devant sa famille inquiète, le bon docteur annonça d’une voix solennelle :

« Il est mort ».

Cette histoire, le Docteur Lamalisse la raconta à l’une de ses jeunes patientes nouvellement mariée.

« Mais enfin Docteur, pourquoi me racontez-vous cette affreuse histoire ?

– Au cas où vous auriez besoin de mes services, mais surtout pour que vous ne fassiez pas la même bêtise que Madame Lelièvre. Le mensonge est un vilain défaut. ».

3 réponses sur « Le bon docteur Lamalisse »

Voilà une adaptation d’un conte (ou nouvelle) de Maupassant super bien écrite dans un contexte 21ème siècle (slim et converse!). Descriptions des scènes vivantes, toniques…une lecture à haute voix à toute sa place.
J’imagine les questions des pitchounes d’aujourd’hui à l’issue de cette histoire. Il demeure quand même que le mensonge est un vilain défaut ! Maupassant était un visionnaire sur l’analyse de la société, voire féministe.
Tu as donné envie de retourner à certaines de ses oeuvres. Bravo!
J’espère que tu t’es amusée.

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