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Le premier kilomètre

Le premier kilomètre d’un trail. C’est le seul qui compte. Les autres, pas forcément plus difficiles ne donnent qu’un effet de redite, celui où l’on se demande ce que l’on fait là. Le dernier peut-être, celui qui donne une sensation de puissance surfaite. Mais le premier kilomètre ! Kilomètre ? Ça commence bien avant la première foulée. Dans la tête déjà ce ressentiment vis-à-vis de soi-même, amplifié par le nombre de participants, la musique, l’ambiance. Cette impression de ne pas être à sa place à peine contre balancée par le fait de se féliciter d’y être quand même. Comme il semble long, le premier kilomètre ! On l’entame au coup de feu, la peur au ventre, avec l’entêtement instinctif de ne pas vouloir rester à l’arrière du peloton. En fait, tout est écrit : la foulée, ni trop longue ni trop courte, qui doit faire l’amorce idéale de la course ; la souffrance déjà ponctuée de douleurs physiques et de considérations métaphysiques sur le pourquoi, la sensation bien réelle d’une course interminable… En même temps, on sait déjà. Tout le mal est fait. On pose ses pieds l’un devant l’autre et déjà, le peloton s’éloigne. On savoure sa solitude, sa faiblesse, son orgueil. Par un rituel d’auto persuasion et de volonté on voudrait maîtriser le miracle du premier kilomètre englouti jusqu’au dernier. On lit avec incrédulité sur le cadran de sa montre le nombre précis de kilomètres qu’il reste à faire. Mais, la distance parcourue et celle qui reste à faire peuvent se renvoyer la balle, le total est figé. On aimerait connaître le secret des premiers pour le faire sien. Mais, devant son cadran, le coureur amateur ne sauve que les apparences et cours vers la fin du trail avec de moins en moins de joie. C’est un bonheur amer, on court pour arriver et oublier le premier kilomètre.

2 réponses sur « Le premier kilomètre »

On savoure aussi la volonté de se surpasser et de ne jamais abandonner, pour toi comme pour ton écrit !
Une nouvelle fois bravo.
Bises
Anne-Cécile

De l’action et du ressenti.
Intéressant d’être dans les sensations et le baratin du mental d’un participant à une épreuve sportive…..Joli défi.
On vit l’histoire, on court avec toi, on ressent, on comprend ce bonheur amer dont la volonté était le moteur. Et tout à coup pour le lecteur, une belle ouverture à la fin du texte qui pousse à cette question; quel était le vrai bonheur ? celui du 1er km? d’être allé jusqu’au bout ? (yes ! je l’ai fait ! et j’étais à ma place !…)

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