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Respirations

Quiétude

Il fait beau, nous décidons de pratiquer notre séance de gym douce dehors. Nous sommes un petit groupe de six personnes, exclusivement féminines.  Le parc n’est pas très grand mais il est le refuge d’arbres majestueux.  C’est le début du printemps. Les forsythias sont en fleurs, les bourgeons des fleurs du rhododendron apparaissent, les pâquerettes s’épanouissent auprès des boutons d’or. Çà et là les primevères égayent le parc de leurs couleurs chamarrées. Je m’installe au soleil avec mon tapis tandis que d’autres préfèrent l’ombre du cèdre bleu de l’Atlas qui voisine un énorme douglas. Un peu plus à l’écart, un groupe de bouleaux porte encore les stigmates de l’hiver. Nous débutons avec un exercice de respiration profonde. J’inspire, j’expire. Le soleil me caresse le visage. C’est bon. J’enchaîne les mouvements dictés par la voix calme de notre thérapeute. J’étire mon corps, le cou d’abord, les épaules ensuite, puis les jambes. J’enchaîne avec les exercices de renforcement musculaire. J’entends souffler, ahaner, rire. C’est vivant. Nous terminons par une pause relaxation. Allongée sur le tapis, les mains posées sur l’herbe folle, je ferme les yeux. Le groupe est silencieux. Tout le monde savoure l’instant. J’écoute ma respiration, le pépiement des oiseaux. Quelques brins d’herbe viennent me taquiner la paume des mains. Le soleil me réchauffe le corps. Je suis détendue. Je suis bien.

Mérite

Il y a quatre ans, nous sommes partis à la conquête du GR20, la grande randonnée Corse réputée la plus difficile d’Europe. Nous sommes cinq, nos trois « anciens » dont les âges s’échelonnent de 63 à 68 ans – de véritables cabris -, Olivier et moi, vingt ans de moins. Nous avons déjà 95 kilomètres dans les jambes. Il est six heures, nous nous préparons pour notre huitième étape. Une étape difficile qui nous annonce un fort dénivelé sur une courte distance. Nous voilà partis, sacs au dos, bâtons en mains. Nous attaquons par une piste forestière où j’observe avec délice les pins majestueux. La fraîcheur du matin nous revigore, les odeurs d’humus se mêlent aux parfums de sève. Le soleil se lève. Nous grimpons maintenant à une allure soutenue le long de la magnifique cascade des anglais. Une courte pause nous permet de prendre le temps d’observer ce torrent fougueux gonflé par la fonte des neiges. Il est bruyant, il rugit et se faufile entre les rocs de granite rugueux. Nous reprenons notre ascension pour attaquer des lacets raides qui nous mèneront jusqu’à la crête de la montagne à plus de deux mille cent mètres d’altitude. Une vision magnifique. A perte de vue, elle s’offre à nous, couverte de maquis et de hêtres, rocailleuse, violente par ses pics vertigineux. On ressent toute sa puissance. Nous traversons quelques névés qui résistent. La descente vers le refuge est difficile nous obligeant à passer d’un roc immense à un autre, mettant à rude épreuve nos genoux et nos cuisses. Puis, d’un coup, c’est l’apaisement. Le torrent Goltaccia se fait plus docile, la descente moins douloureuse. L’arrivée au refuge nous offre une vaste étendue verdoyante où nous pourrons installer notre bivouac. Après avoir baigné nos jambes fatiguées dans le torrent glacé, la récompense de chaque fin d’étape nous attends ; une pinte de Pietra bien fraîche à la couleur dorée. Les bulles crépitent à nos oreilles. Le parfum du houblon nous invite enfin à boire une première gorgée. C’est légèrement amer et fruité, frais et réconfortant. Nous dégustons notre bière, face à la montagne, à la chaleur du soleil. Déjà, nous pensons à la prochaine étape.

Moments intimes

Dimanche matin. Je me lève la première pour profiter de quelques instants de quiétude avant l’ouragan. Je mets la bouilloire en route, j’entends le clapotis de l’eau frémissante. Tout est prêt pour me servir un thé vert bien chaud que je vais pouvoir déguster en attendant Olivier qui me rejoint bientôt. On entend maintenant le plic ploc de la cafetière. Le parfum du café vient envahir la cuisine. Nous nous installons, lisant les nouvelles du jour sur nos tablettes respectives. C’est calme. Antoine, le plus jeune de nos trois enfants se réveille le premier. Après l’odeur du thé, du café c’est celle du pain grillé qui vient chatouiller nos narines. Antoine tartine avec application son pain encore chaud avec du beurre demi-sel. Je fais de même. Le beurre fond sur la tartine, c’est beau mais c’est encore meilleur. Ça croustille sous la dent, ça fond en bouche ; nos papilles se réveillent et nous avec. Nous prenons le temps de savourer l’instant ainsi que notre petit déjeuner. C’est encore calme. Camille et Abel font surface. Ils arrivent les yeux gonflés de sommeil. Et le rituel recommence. Bouilloire, tartines croustillantes, beurre. Petit à petit, la cuisine bourdonne joyeusement de milles bruits ; porte du frigo qui claque, cuillères et couteaux qui s’entrechoquent, éclats de voix. La cuisine ne désemplira pas avant midi, alors, le calme reviendra. Pour un instant.

2 réponses sur « Respirations »

Ouverture, renaissance .
Belles descriptions de sensations, souvent agréables, au travers le vécu de choses simples. La vie quoi !
A te lire encore et encore.

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