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Rêve d’ailleurs

Il est des voyages qui vous laissent des souvenirs impérissables et qui vous donne le goût de l’ailleurs jusqu’à devenir obsession. J’ai envie, j’ai besoin de partir mais je ne sais pas encore où. Mon mari est dans le même état d’esprit. Nous parlons sans cesse de ce futur voyage dont nous n’avons fixé ni la date ni la destination.

Pour l’heure, je me promène seule dans le village de La Jonchère, au gré de mes humeurs, l’appareil photo en bandoulière. Un village sans saveur si ce ne sont quelques curiosités qui ne méritent pas forcément le détour. En son centre, trône une église partiellement reconstruite à la fin du XIXème siècle. J’entre. L’intérieur est sobre et massif, vide. Un cierge brule d’une flamme souffreteuse devant la vierge à l’enfant. Je sors et poursuis mon chemin, au hasard. Là une bascule, plus loin un puit joliment restauré, là-bas, un lavoir transformé en fontaine. Je ne croise personne. La température est douce. Le printemps est là faisant éclore la nature d’une multitude de couleurs ; du jaune pour les jonquilles, du violet, du mauve ou du blanc pour les primevères, du vert tendre pour les jeunes pousses.

Au cours de ma balade quelques belles surprises m’attendent. Je fais le tour d’un étang peuplé de colverts qui s’envolent à mon approche en protestant bruyamment. Un cygne sur la berge me regarde d’un œil menaçant. Mon parcours me mène à un deuxième étang où s’ébrouent d’autres couples de canards. A mon grand étonnement, j’aperçois des ragondins. Ils sont en famille eux aussi, insouciants. Je dégaine mon appareil photo pour fixer ces instants purs et sauvages. Je poursuis ma marche sans but et voilà que m’apparaissent des daims parqués dans un immense pré. Le propriétaire, opportunément dehors à cet instant, m’explique que ce sont là les derniers représentants d’un élevage qu’il a cessé. A quelques pas, un arboretum est peuplé d’arbres majestueux ; chênes, sapins, mélèzes, douglas mais aussi d’essences plus rares sous nos latitudes. Il protège également une collection de rhododendrons unique en son genre. C’est là le véritable trésor de La Jonchère.

La nuit tombe.  Nous sommes à l’approche d’une nouvelle lune. La lumière se fait plus cendrée, m’offrant un magnifique clair de terre. Dans le viseur de mon appareil photo, notre plus beau satellite. J’actionne le zoom ; j’aperçois les cratères. Ne pas bouger. Ne pas respirer. S’assurer de l’immobilité absolue du capteur. Alors, d’un simple clic, je saisi cette image qui ravive mon envie d’ailleurs. Un ailleurs fait de terre cendrée. Je pense à l’Islande, terre de glace aux sources pérennes. Ce désir fugace fini par m’envahir pour devenir obsession. Celle-ci sera-t-elle compatible aux envies d’évasion de mon époux ?

Je rentre à la maison, ma précieuse image prisonnière de mon appareil photo. C’est avec excitation que je sors mon ordinateur pour partager ma prise de vue avec Olivier.

« Regarde cette photo.

– Elle est très belle !

– Elle me donne envie de partir, loin… lui murmurais-je à l’oreille. »

Nous discutons de notre vision des choses quant aux voyages que la photo nous inspire. Après plus de vingt ans de vie commune, nos génomes sont raccords. Olivier me dévisage. Nous pensons tous les deux à ce même pays. L’Islande nous offrirait une expérience bien différente de celles que nous avons vécu, sur d’autres terres, d’autres continents.

Le rouge intense des chemins d’Afrique nous revient en mémoire. Nous étions sur l’équateur au milieu d’une végétation luxuriante, bruissant des milles bruits des nombreux animaux qui peuplent la forêt. Nous habitions Libreville et avions, entre autres, entrepris de visiter l’hôpital du docteur Schweitzer à Lambaréné. Une équipée folle de plus de quatre heures pour quelques deux cents kilomètres sur une route plus ou moins carrossables. Nous avions traversé des villages poussés au milieu de nulle part, et avions passé de nombreux points de contrôles lors desquels il fallait montrer patte blanche en glissant quelques billets. La visite de l’hôpital, construit par le docteur et sa femme, reste un souvenir marquant. Nous avions vu le dénuement. Nous avions compris le dévouement. Plus récemment, c’est l’ouest américain que nous avons découvert en mode road trip. La visite de la vallée de la mort reste un moment unique où nous avons découvert une terre aride, blanche de sel, secouée par de fortes bourrasques de vent. Nous avons connu la pluie et le froid dans cette vallée célèbre pour ces températures extrêmement chaudes. Nous avons avalé des kilomètres pour rejoindre la mythique route soixante-six afin de retrouver le soleil et la chaleur pour finir sur la splendide et immense plage de Santa Monica.

L’Islande nous offrirait une excursion d’une saveur différente. Je songe aux cratères, aux paysages lunaires à l’image de ce clair de terre qui me fait voyager par procuration. Je nous imagine cheminant sur cette île à la découverte de son paysage si particulier. Je rêve d’ailleurs.

«On y va ?

– Chiche ! Demain, j’achète le Guide du routard. »

Olivier est déjà parti.

 

3 réponses sur « Rêve d’ailleurs »

Toujours aussi bien écrit, des envies qui donnent envie ! nos multiples voyages ne nous ont pas encore emmené en Islande, c’est peut être le prochain à mettre sur la liste ?
C’est un beau programme, les voyages sont toujours riches en découverte et humainement. Des évasions qui permettent de quitter le quotidien, le confort, c’est changer de cadre de vie, vivre autrement, voir à vivre plus simplement, regarder, observer, vivre la nature, les gens, c’est le dépaysement, la liberté. Lorsque l’on peut le faire, faisons le, c’est apprendre la vie, et nous voyons ainsi les choses plus humblement.
L’Islande une bien belle aventure ! c’est pour quand ?
Gros bisous,
Papa

Texte poétique dont l’auteur, au cours d’une balade en solitaire dans un environnement apparemment sans saveur, découvre la beauté de la nature et le rêve d’aller explorer d’autres beautés un peu plus loin.
Les belles descriptions sont apaisantes, nous font aussi rêver, et franchement, j’ai hâte de voir la photo de la pleine Lune si inspirante.
En tout cas bravo !

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