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Tsar Bomba, mon amour

Un vent fou saturé de vengeance se leva.

Malgré la création de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) en 1957 dont l’une des missions était de veiller à ce que le nucléaire ne puisse servir la production de l’arme atomique, Nikita Khrouchtchev poursuit son programme. Le 30 octobre 1961, à rebours des recommandations d’Andreï Sakharov de limiter son énergie à 50 mégatonnes, la Tsar Bomba, engin nucléaire monstrueux, explose à 11h32 à une altitude de 4000 mètres au-dessus de l’archipel de la Nouvelle-Zemble, libérant le maximum de sa puissance, 100 mégatonnes.

La catastrophe écologique fut sans précédent sur des milliers de kilomètres à la ronde. L’archipel fut transformé en paysage lunaire, les maisons en bois détruites, la faune abondante totalement désintégrée, la neige intégralement vaporisée. L’éclair de l’explosion fut visible jusqu’à Helsinki, Saint Pétersbourg ou encore Moscou où les miroirs se brisèrent. La ville de Mourmansk fut balayée. Plus de 150 000 habitants furent brulés au troisième degré. Une catastrophe sanitaire sans nom. S’en suivi une perturbation atmosphérique qui fit plusieurs fois le tour de la terre.

Après la sidération vint la révolte. La Finlande, durement touchée, tira la sonnette d’alarme. Urho Kekkonen, le président d’alors, pris contact avec les gouvernants des puissances nucléaires. Kennedy, De Gaulle et Macmillan organisèrent une réunion d’urgence. La colère l’emporta. Un vent fou saturé de vengeance se leva. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni déclarèrent la guerre à l’Union soviétique avec le soutien de l’opinion publique.

Il ne s’agissait pas là de mobiliser des troupes et d’envoyer des hommes à la boucherie. Il fallait régler la situation de manière radicale. Tuer dans l’œuf ce qui avait impulsé cette catastrophe. Tuer Moscou et montrer au monde entier qui étaient les puissants. Trois nations qui allaient affirmer leur force de frappe, leur supériorité. Trois nations qui s’imposeraient dès lors comme les maîtres du monde.

Le premier décembre de la même année, des avions décollèrent des bases nucléaires principales des nations engagées. Istres, Washington et Faslane se coordonnèrent pour que les avions arrivent au même moment au-dessus de Moscou. Les appareils chargés arrivèrent à treize heures. Trois bombes démesurées s’abattirent sur la capitale de l’Union soviétique. Moscou et ses habitants partirent en fumée. Castro, fou de rage, appuya sur le bouton. Pointés vers la Floride, les missiles à tête nucléaire fournis par son allié rasèrent Miami. Encore sonné par l’échec cuisant de l’opération de la Baie des cochons, Kennedy donna l’ordre de pulvériser l’île. Ses opposants politiques saluèrent son action et appelèrent au ralliement. La popularité du Président atteignit des sommets inégalés.

En 1964, la Chine déclara avoir développé son arme nucléaire. Et tout dérapa…

Washington DC fut la première touchée. L’attaque se concentra sur le quartier Northwest, bastion de la Maison Blanche. Kennedy, alors en négociation dans le Texas auprès des politiques locaux, fut épargné. Le Général de Gaulle qui, ironie du sort, venait de reconnaitre le République Populaire de Chine, entra immédiatement en contact avec le président américain et le premier ministre britannique, Douglas-Home. La réplique ne se fit pas attendre. Pékin disparu de la carte en quelques heures.

Soutenus par la base nucléaire de la région ukrainienne, les états communistes membres du Pacte de Varsovie, concentrèrent leurs forces contre la France et le Royaume-Uni. La Chine Populaire, foudroyée mais debout, focalisa ses attaques sur les Etats-Unis. Le ciel s’embrasa. Les champignons atomiques poussèrent, irradiants la matière radioactive. Des villes entières tombèrent, Strasbourg, Londres, Varsovie, New-York…, des milliers de femmes, d’hommes et d’enfants. Les gouvernants restaient terrés dans leurs bases de contrôle tandis que l’Europe, la Chine, l’URSS et les Etats-Unis, à feu et à sang, se mouraient.

Paix, dignité, égalité sur une planète saine. L’Organisation des Nations Unies, alors sous la présidence du Ghana, atterrée par le comportement irresponsable de ses principaux états membres convoqua une réunion d’urgence. Elle prit sous sa tutelle l’Union soviétique et la République Populaire de Chine, orphelins de leurs gouvernants. Il n’y eu pas débat. Tous les états conscients des répercussions catastrophiques que cette guerre nucléaire avait déclenchés signèrent un traité de désarmement à effet immédiat. Les pouvoirs de l’AIEA furent renforcés. De Gaulle, Kennedy et Douglas-Home furent destitués et accusés de crimes de guerre. Le verdict de la Cour internationale de justice fut sans appels. Les trois hommes furent incarcérés et condamnés à la perpétuité.

L’Agence internationale de l’énergie atomique ainsi que l’Organisation des Nations Unies ont fait un travail remarquable. C’est ainsi qu’aujourd’hui, en l’an deux mille, nous sommes certains que l’arme atomique n’existe plus. « L’affaire de la Tsar Bomba» fut un détonateur. Les peuples traumatisés ont pris peur, la honte chevillée au cœur. La Chine, la France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’URSS s’engagèrent à coopérer et c’est ce qu’ils firent en se soumettant aux prérogatives de l’ONU et de l’AIEA. La déclaration universelle des droits de l’homme s’applique désormais à tous les pays.

La Nouvelle-Zemble, Mourmansk, Moscou, Washington, Pékin et bien d’autres encore, sont des zones désertées. Les images de ces paysages et villes détruites circulent régulièrement, pour ne jamais oublier et continuer à sensibiliser les populations. Des images d’apocalypse. On parle encore des dégâts sur les populations locales. Les survivants meurent à petit feu de cancers divers. Personne n’a pu compter les victimes, trop nombreuses ou volatilisées. Faune et flore reprennent pourtant le dessus.

Depuis l’ouverture de mon abri, je regarde mes petits-enfants. Des adolescents qui s’émerveillent devant quelques chevreuils batifolant le long du chemin bordé d’herbes sauvages.

4 réponses sur « Tsar Bomba, mon amour »

Imagination débordante ! étonnant, étonnant !
Belle écriture, beau texte comme toujours, mais … ce n’est pas joyeux tout ça.
Espérons que ce ne soit pas un texte visionnaire.
Bisous,
Papa

mais nous y sommes, ,Tsar Bomba porte d’autres noms : (c’est plus insidieux)
catastrophes dites naturelles
réchauffement climatique
pandémie
individualisme forcené
courses aux profits
bêtise et toutes ses conséquences, la liste et longue

Ma réponse tardive est due à ce que j’ai moyennement adhéré au texte.
L’uchronie est un exercice difficile et il me semble que le sujet choisi n’est pas suffisamment détourné de la réalité. (à mon humble avis!). Ton imagination s’est laissée emportée par des évènements réels de l’histoire (à mon sens) et personnellement j’ai du mal à suivre une réécriture de l’histoire de la guerre des mondes, consciente qu’il s’agit d’une nouvelle courte. Peut-être que l’idée d’un témoin, avec un peu d’humour (comme tu sais très bien le faire) aurait changé l’histoire? En fait c’est la conclusion qui illumine cette longue description de guerre des puissants de ce monde.
Félicitations pour l’écriture difficile et tes recherches ! Je pense que tu peux t’éclater dans ce genre d’épreuve……Nous pouvons en parler quand tu le souhaites.

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