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Une rencontre pas comme les autres

Le week-end s’annonce réjouissant pour Cécile. Son cousin Lucien l’a invité à les rejoindre lui et deux de ses amis dans un village du bord de la Méditerranée. Malgré sa timidité face aux inconnus, Cécile a accepté. Elle prépare son bagage avec soin pour partir de Lyon ce vendredi soir après sa journée de travail. Afin qu’elle puisse retrouver Lucien et sa bande, ce dernier lui a confié le numéro de téléphone de celui qui va véhiculer les autres, Francis. Ça la fait marrer ce prénom qu’elle considère vieillot parce que c’est le même que celui de son père.

Il est maintenant l’heure de partir. Elle prend son courage à deux mains pour appeler Francis et convenir du lieu de rendez-vous. Une sonnerie, deux, trois. Allo ? Le cœur de Cécile s’emballe au son de sa voix chaude, grave, envoutante. Perturbée, elle se présente comme la cousine de Lulu. Elle l’entend lui répondre qu’il sera ravi de la retrouver à vingt-deux heures à la sortie de l’autoroute. C’est la main tremblante qu’elle raccroche, encore sous le choc. A quoi peut bien ressembler ce jeune homme avec une si belle voix ?

La valise dans le coffre, Cécile prend la route. Elle en a pour deux heures et demie à rouler au son du trip-hop que crachent les mauvais haut-parleurs de sa petite Ford Fiesta. Ses pensées vagabondent au fil des kilomètres. Lulu lui a expliqué que Francis travaille en Afrique, comme lui. Il est de passage en France à l’occasion de ses congés. Selon son cousin, elle l’a déjà rencontré il y a quelques années. Elle a beau chercher, elle n’en a aucun souvenir. Elle ne lui avait sans doute pas prêté attention du fait de leur différence d’âge, trois ans à peine. Quand on a vingt ans les années comptent, à vingt-six un peu moins.

Il fait nuit. Cécile arrive au point de rendez-vous convenu avec quelques minutes d’avance. Bien que la présence de Lulu la rassure, elle stresse un peu à l’idée de faire connaissance avec « Belle voix ». Elle attend. Pas longtemps. A l’heure dite elle perçoit de la musique techno qui semble émaner d’une voiture semblable à la sienne. Le son s’approche, le véhicule s’arrête. Elle reconnait son cousin, ce sont bien les trois garçons. Le conducteur sort. Il est grand, mince, les cheveux noirs tout comme ses yeux. Cécile est sous le charme ; c’est Lui. Il est aussi beau que sa voix est sensuelle.

Lulu les présente. C’est l’estomac noué qu’elle fait la traditionnelle bise à Francis. Il fait bien une tête de plus qu’elle. Sa joue est douce, son parfum suave. Jamais elle n’avait ressenti une telle attirance pour un homme.

Les deux voitures redémarrent pour se rendre chez Jean, le deuxième pote. Lulu à ses côtés, Cécile suit les deux autres compères. Encore toute retournée, elle interroge son cousin.

« – Tu les connais depuis longtemps ?

– Oh là, oui ! On s’est rencontrés au bahut, à Meymac.

– L’école forestière ?

– Oui, c’est ça. On était collocs. J’te raconte pas les soirées qu’on a pu faire ensemble.

– J’imagine. Et le programme du week-end, c’est quoi ?

– On va chez Jean et après on avise.

– Bon… »

Arrivés à destination, le trio s’affaire autour de Cécile pour décharger son véhicule et lui montrer la chambre qui lui est allouée. Le calme revenu, tout le monde se retrouve au salon pour boire le verre de l’amitié. Les garçons sont charmants mais Cécile transpire. Elle est dans ses petits souliers. Elle ne peut pas s’empêcher de regarder Francis. Quand elle croise son regard, le rouge lui monte aux joues. Elle ose à peine parler et se contente de répondre aux questions qu’on lui pose. Elle se sent tellement nulle ! Heureusement, Lulu est là pour faire le pitre.

C’est décidé, la petite bande part prendre un verre en ville à quelques kilomètres de là. C’est Francis qui pilote et invite Cécile à s’assoir à ses côtés. Sa main sur le pommeau du levier de vitesses ; elle est belle. Une grande main mate, fine, aux ongles soignés, une large bague en or au majeur. Son cœur palpite. La musique couvre son silence assourdissant.

La troupe tombe d’accord pour investir un bar un peu glauque. Cécile s’installe à une table poisseuse face à son cousin, à côté de Jean. Francis est au comptoir pour commander les boissons. Elle tourne la tête pour le voir et croise son regard posé sur elle. Mains moites et respiration courte, elle est terriblement gênée. Que lui arrive-t-il ? Ce garçon la met sens dessus dessous. Malgré tout, la conversation animée de ses comparses la détend un peu.

C’est dans une boite de nuit de bord de mer que la soirée se poursuit. Jean connait les lieux par cœur et fend la foule devant le reste de la troupe. La fête bat son plein, la musique est assourdissante, les stroboscopes éclairent les mouvements saccadés des danseurs. Il fait terriblement chaud. C’est alors que Francis lui prend la main pour la conduire entre les fauteuils et les fêtards. Sa main est chaude, douce, rassurante ; Cécile se sent protégée. Francis danse. Elle le dévore des yeux. Elle aime sa façon de bouger, nonchalante et rythmée. Il l’invite sur la piste. Cette fois, c’est lui qui ne la quitte plus des yeux.

Le week-end s’étire mollement et déjà il est l’heure de rentrer. Cécile et Francis ont échangé leurs numéros de portable et c’est le cœur serré qu’elle le regarde partir en premier.

Une année s’est écoulée. Cécile a vingt-sept ans. Elle enfile sa robe blanche avec précaution pour ne pas abimer sa coiffure raffinée. Ses doigts aux ongles délicatement peints caressent la soie sauvage qui ondule derrière elle. Son père l’invite à monter dans la voiture pour la conduire à la mairie. Une foule l’attend dans la cour. Emue, elle le voit. Il est là. Il l’attend dans son costume trois pièces. Dans quelques minutes elle va dire oui à Francis.

5 réponses sur « Une rencontre pas comme les autres »

Que d’émotions et Amour dans cette histoire !
Il me semble que c’est un coup de foudre qui dure encore.
Quel beau cadeau pour son amoureux !

Ce n’est pas de moi, mais j’ai trouvé cette citation très belle et en cohérence avec ton texte :
Amour velours – amour d’un jour – amour toujours – amour tout court.
Vazquez Isabelle

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